Feu Colonel Mohamed Lemine Ould NdiayaneCmdt. Saleh Ould Hanena

 

Depuis la seconde comparution, le 2 janvier 2005, du Président des Cavaliers du Changement -  Saleh Ould Hanenna - durant le procès des présumés putschistes, l'accusation ne sait plus où donner de la tête; il est maintenant acquis que le 8 juin 2003, les insurgés étaient venus voir le Chef d'Etat Major de l'armée, le Colonel Mohamed Lemine Ould Ndiayane pour lui proposer de diriger le pays ; arrivés sur les lieux, ils l'ont trouvé mort; à ce moment-là, la proposition lui avait déjà été faite et il demandait à s'entretenir avec les auteurs de la conspiration.  

Il n’est plus un secret à Nouakchott que la dernière personne à avoir rencontré Ould Ndiayane est le colonel Ndiaye Ndiawar, envoyé, semble-t-il, par le Chef de l’Etat, le Colonel Ould Taya, pour sonder les intentions du Chef d'Etat major de l'armée; quelques minutes seulement après la sortie du visiteur, ce dernier s'empresse d'utiliser son téléphone portable, pour informer son protecteur du probable ralliement de Ould Ndiayane aux insurgés; dans les 5 minutes qui suivent, ce dernier est tué, par tir d’obus, de roquette ou d’arme automatique.  

Des semaines plus tard, le colonel Ndiaye Ndiawar, après des années de disgrâce apparente, devient Directeur du 4 ème bureau de l'Armée.  

C'est lui, le témoin-clé et l’acteur décisif  de cette sombre affaire, que la « justice » entend faire venir devant la barre, pour présenter la version autorisée de l'évènement et tenter ainsi de sauver les intérêts du pouvoir, depuis que la famille du défunt exprime son doute envers la thèse officielle, selon laquelle Ould Ndiayane aurait été éliminé par les putschistes.   

Toujours est-il que l'analyse balistique requiert une  autopsie, d'où, alors, l'exhumation du corps. La famille du défunt ne s’y opposerait plus.  

Les proches du Colonel Ould Ndiayane s'émeuvent aussi de détails troublants, comme l'omission de lui rendre les honneurs militaires ou, même, de consentir, à sa mémoire, un deuil national, alors que ce dernier hommage avait été rendu à Zaoui Ould Taya, frère du Président, un commerçant n'ayant jamais occupé de fonction publique.  

Dans un contexte très embarrassant pour les autorités, le mythe vivant de Saleh Ould Hanenna grandit à l’évocation de son programme de salut public, dont l’opposition, même légale, ne conteste la pertinence.  

D’autre part, les 8 femmes membres du Collectif des familles des détenus militaires, elles-mêmes en prison, ont entamé, depuis le 2 janvier, une grève de la faim illimitée, après le rejet de leur demande de liberté provisoire. Le mandat de dépôt – ne devant excéder 1 mois – est expiré depuis quelques jours ; la poursuite de leur garde à vue dépasse donc les limites formelles de la légalité.  

C’est dans ce climat chargé d’incertitude, que, le 3 janvier 2005, le ministère de la « justice », contrairement aux usages, publie un communiqué où il réfute les arguments des avocats de la défense, qu’il critique en des termes synonymes de menaces. Un certain désarroi prévaut dans ce texte.  

Le procès de Ouad Naga se retourne contre les sommets de l’Etat mauritanien.