Les relations délicates entre le Mali et la Mauritanie viennent de connaître un développement à tout le moins singulier, depuis l’arrestation récente de 3 de nos compatriotes, porteurs d’identités falsifiées et d’armes individuelles.
Les détenus, d’abord perçus comme des membres des « Cavaliers du Changement » et interrogés à ce titre, finiront par reconnaître leurs qualités d’agents des Services de Sécurité mauritaniens. Ils avaient reçu instruction, depuis deux mois, d’infiltrer cette organisation clandestine, après avoir réussi la même manœuvre dans la direction de campagne du candidat Mohamed Khouna Ould Haïdalla, avant les élections présidentielles du 7 novembre. Ils avoueront, incidemment, que leurs fausses citoyennetés maliennes avaient été confectionnées à Nouakchott. Elles sont toutes prétendument délivrées le 03/12/2003 dans la localité de Sevare, Mali.
La police malienne, d’abord sceptique, s’est rendue à l’évidence : les trois individus, qui ont parcouru tout le Sahel, ne manquaient ni de moyens financiers ni de relais. Elle a pu aussi établir leurs identités véritables, tribus à l’appui. Les complices autochtones constituaient un réseau, désormais démantelé. Les uns et les autres sont passibles de poursuites pour «espionnage», «contrefaçon» et «usage de faux».
L’enquête malienne a établi les 3 profils suivants :
Le chef de file : Kounta Ahmed Hamma, en réalité, Ahmed Ould Domane (Kounta)
L’assistant, Baby Mahmoud Ousmane, en réalité Mahmoud Lillah Ould Ethmane (Tajakant)
L’exécutant, Baby Mahmoud Abdalla, en réalité Mahfoudh Ould Ahmed Salem, dit Mahfoudh Ould Hamed (Tendgha).
D’après la même source, le voyage des 3 agents s’est plutôt bien achevé, en comparaison au sort d’autres collègues (dont des civils et des policiers) chargés d’une quête identique et « radicalement neutralisés », en cours de mission, sans que leurs familles ne fussent averties ni qu’elles perçoivent une part de la récompense promise aux chasseurs de tête. La guerre de l’ombre entre les services de renseignements mauritaniens et les Cavaliers du Changement fait des victimes; celles-ci semblent condamnées à la discrétion.
Prises de paniques, les autorités mauritaniennes multiplient les suppliques et excuses auprès du Mali, pour le convaincre d’étouffer le scandale et de renoncer aux éventuelles poursuites.