Mise en  perspective d’un péril annoncé

Les faits

Le 27 décembre 2007, aux environs de 13 heures GMT, le poste avancé de la base militaire d’Algallawiya, située à quelques dizaines de kilomètres de la ville mauritanienne de Ouadane, tente d’intercepter un convoi de véhicules 4X4 qu’occupent des inconnus en  armes. Après avoir suivi la colonne à bord d’un seul véhicule équipé d’une mitrailleuse, au moins trois soldats tombent dans une embuscade tendue par les fugitifs ; ils y perdent la vie ; les assaillants récupèrent la voiture et l’ensemble du matériel, dont des fusils d’assaut. Le cantonnement, en charge de coordonner la sécurité des équipes de prospection pétrolières dans le bassin de Taoudenit, n’apprendra l’incident mortel qu’avec retard.

Le 24 décembre 2007, cinq touristes français en Mauritanie, tous majeurs et de sexe masculin, subissent une attaque à l’arme automatique, aux environs de la ville d’Aleg, de la part de 3 passagers d’un véhicule berline, de marque Mercédès Benz, modèle 190. Quatre décèdent ; le survivant, blessé à la jambe, est évacué vers un hôpital de la banlieue de Lyon, via Dakar.

Les auteurs ont tiré à bout portant, sans sommation ni exiger, de leurs victimes, une quelconque rançon. La thèse préliminaire de la gendarmerie inclinait au crime crapuleux. Cependant, dans l’après-midi du 25 décembre, grâce au concours de la Direction de la Sûreté de l’Etat (police politique), l’enquête privilégie, le mobile de la terreur islamiste, en particulier la trace de militants arrêtés durant les deux dernières années; certains suivaient une formation commando dans les camps du Groupe Salafiste pour la Prédication et le Combat (GSPC, algérien) ou auraient mené, le 4 juin 2005, l’assaut sanglant contre Lemgheïty, une garnison de l’armée mauritanienne à l’’extrême nord-ouest, sur la frontière avec l’Algérie et le Mali.

D’autre part, un détail suscite l’inquiétude ; les voyageurs n’étant pas prévus sur place, l’improvisation de l’attentat fait craindre soit un geste sans vecteur politique soit la préméditation initiale contre le Corps de la Paix américain; des dizaines de ses volontaires servent dans le sud de la Mauritanie. Il s’agit, là, d’une réserve sérieuse et l’on ne saurait, à ce stade, écarter d’autres hypothèses.

En fuite vers les frontières sud le jour même de leur forfait, ils faisaient l’objet de d’investigations actives, le 27 décembre, à Richard-Toll, dans le Nord du Sénégal. Un troisième individu les accompagnerait, peut-être le conducteur du véhicule Mercédès précité. Leur arrestation, attestée par des organes de presse mauritaniens, demeurait incertaine.

Le contexte

Jugés depuis la cession judiciaire du 21 mai 2007, ils furent et libérées, le 6 juin 2007, au terme d’un long procès dont les observateurs louèrent la régularité et la transparence. Certains d’entre eux séjournaient, par intermittence, en Arabie Saoudite, Turquie et dans les pays du Golfe ; ils s’y rendaient,  pour motifs de commerce, d’études ou de piété.

Le verdict, traduisait une volonté d’apaisement et consacrait le retour à des institutions civiles, après deux décennies d’autoritarisme et 19 mois de transition militaire, au lendemain de l’éviction du président Ould Taya.

Les deux suspects,  font partie du groupe élargi le 6 juin 2007, détail embarrassant pour les magistrats mauritaniens ; la majorité d’entre eux partage, avec les prosélytes d’inspiration wahhabite, un univers de sens tribal, esclavagiste, discriminatoire et de xénophobie confessionnelle; la mentalité découle, par ignorance et repli sur soi,  de certaines écoles d’enseignement religieux en milieu nomade ou enclavé. Des doutes pèsent aussi sur l’efficacité de l’appareil de sécurité et de l’administration territoriale où pullulent des centaines de tortionnaires, jamais inquiétés. La Mauritanie ne dispose pas d’un organisme de protection des touristes ni d’unités anti terreur, encore moins d’une instance de prospective en matière de violence transfrontalière. Enfin, nombre de ses officiers de police, toujours actifs, sont connus pour leur implication dans le transit de la drogue et des immigrants clandestins vers l’Europe.

Sur le registre plus général des mœurs, les étrangers non musulmans reçoivent quelquefois, sur la foi du délit de faciès, un accueil hostile, dans certaines régions de l’intérieur d’où la réputation, croissante, d’inhospitalité. Dans le climat général de laisser-aller et d’imprévoyance, nul programme de sensibilisation civique ne vient inciter les gens à la retenue ni leur expliquer les retombées positives de l’empathie envers les visiteurs.

La problématique

Les protagonistes, recherchés ou interpellés, appartiennent à la frange la plus intolérante de l’islamisme mauritanien, dont la dérive guerrière date de l’établissement, en 1999, des relations diplomatiques avec Israël, audace très mal vécue par une majorité de la population ;  Il est à noter que les fugitifs, présumés auteurs du quadruple homicide, sont assez jeunes et issus de la communauté arabo-berbère où recrutent, en priorité, les groupuscules fondamentalistes.

La version salafiste constitue une greffe récente sur la pratique locale de l’Islam,  marquée - comme au Sénégal voisin -  par deux obédiences soufies, la Qhadiriya et la Tijania, davantage empreintes de quête spirituelle au travers de la méditation. La branche  politique de cette entité ultra minoritaire, qui entretient le mouvement et préparer le terrain intellectuel de son extension, développe une captation active de dons caritatifs auprès d’institutions  et de personnalités de l’Orient Arabe, au motif de contrecarrer le christianisme ou de soutenir les plus démunis. Le gouvernement mauritanien ne dispose d’aucune faculté de contrôle sur de telles sources de financement.

L’acte, sans précédent ici,  vise des étrangers sur un territoire jusque là en marge de la vague de brutalités religieuses où se débat le monde arabo-musulman. A la veille du passage du rallye Paris-Dakar, l’appréhension grandit, à juste titre.

Notre position

Au moment où une main invisible semble œuvrer à la déstabilisation de la Mauritanie ce qui assènerait un coup d’arrêt au caractère civil et démocratique de l’Etat, Conscience et Résistance :

- Dénonce la lâcheté des deux attaques et réprouvent, sans réserve, leurs justifications ;

- Exprime la solidarité avec toutes les familles éplorées et le peuple ami de France ;

- Réclame la réorganisation et la modernisation des outils de la sûreté nationale, sur des bases de santé morale, de capacité professionnelle et de préservation de la dignité des personnes, par delà la diversité des origines;

- Appelle les mauritaniens à un examen de conscience collectif sur la valeur de la vie et la place de la religion dans l’espace public, en particulier les institutions d’un Etat de droit respectueux du pluralisme et des principes universels ;

- Met en garde contre toute tentation  de revenir sur la reconnaissance d’ONG et de partis  d’essence islamiste, tant qu’ils respectent les règles de l’alternance pacifique et n’enfreignent les lois et engagements internationaux de la Mauritanie.

Le 28 décembre 2007

Elarby Ould Saleck, Porte-Parole de Conscience et Résistance