Depuis quelques jours, suite à un conflit avec leurs anciens maîtres, des paysans descendants d’esclaves de la localité de Chegar Gadel dans le Brakna, sont détenus et conduits à Aleg, chef-lieu de la région.
Les prévenus avaient protesté, devant le Chef d’arrondissement de Djonabe, contre leur éviction du partage des secours alimentaires d’urgence, au profit exclusif d’un autre groupe, soutenu, à la fois, par l’Administration territoriale, l’ex Parti au Pouvoir (PRDS) et la féodalité locale.
De surcroît et pas seulement dans le cas d’espèce, après chaque distribution de vivres, des intermédiaires se présentent aux familles bénéficiaires et réclament 1000 ouguiya par foyer, au nom du Commissariat à la Sécurité Alimentaire ou de l’ONG internationale OXFAM. En réalité, cette taxe frauduleuse servira de rémunération indirecte aux représentants de l’Etat.
Finalement, les deux Hratines* retenus à Aleg - Kremi ould Kremi et Ramadhane Ould Ely -viennent d’être condamnés, par le Procureur de la République, à 1 mois de prison ferme, au motif d’avoir résisté à un ordre légitime et menacé l’autorité en charge de son exécution. L’on se souvient que le Chef d’Arrondissement de Djonabe avait, sous la pression des dignitaires du crû, déposé plainte contre les manifestants, qui l’auraient « insulté » et « battu », allégation toujours sans témoins. Avant de dire son verdict, le magistrat a demandé, aux prévenus, de reconnaître les torts imputés, afin d’obtenir un non lieu. Il s’est heurté à un refus catégorique, les deux justiciables confirmant leur volonté de se battre pour recouvrer leurs droits.
Cette décision d’arbitraire caractérisé, rappelle, au nouveau Ministre de la Justice d’après le coup d’Etat du 3 août 2005, que la domination ethnique est une réalité structurelle en Mauritanie ; en conséquence et pour prétendre convaincre, les réformes escomptées appellent quelques actes de rupture.
Dans un pays où l’autorité s’atomise en parcelles à profit variable, entre des administrateurs, des gendarmes, des militaires, policiers, tous maures blancs, il est bien « normal » que les citoyens de seconde zone - toujours les mêmes - subissent le poids de l’inégalité.
Dans la capitale Nouakchott et jusqu’aux endroits reculés du pays – le Brakna ne saurait faire exception – il suffit, selon l’importance des plaignants et de l’enjeu, du présent d’une chèvre, d’une vache, d’une somme d’argent, pour faire modifier un verdict, parfois in extremis.
Le système judiciaire mauritanien est devenu une foire de tous les trafics, depuis le milieu des années 1980 et sa prise en main, par des dizaines de cadres arabophones, fortement marqués par une éducation nomade, tribale et conservatrice.
Le coup d’Etat du 3 août 2005 n’y a rien changé, encore.
Consulter les liens connexes :
1-
http://www.conscienceresistance.org/arestation_haratines.htm
2-
http://www.conscienceresistance.org/arestation_haratines_suite.htm
* Hratines, pluriel de Hartanie (m) Hartaniya (f) terme du Hassaniya, le dialecte arabe parlé en Mauritanie, désigne les descendants d’esclaves, ou les esclaves affranchis.