AUX MAURITANIENS EXPATRIES EN AFRIQUE
Note de synthèse et mode d’emploi
Les Services Spéciaux du pouvoir mauritanien ont doté la plupart de leurs représentations diplomatiques, dans les pays voisins ou limitrophes, de cellules de renseignements, dont la mission essentielle consiste à intimider, faire arrêter, enlever, rapatrier ou éliminer les opposants ou leurs partisans, susceptibles de trouver asile en Afrique de l’Ouest. Les deux dernières victimes sont des commerçants kidnappés en Gambie, le 25 mai 2005 et dont le Sénégal vient d’avaliser le transit par son territoire ; ils sont aujourd’hui détenus à l’Ecole de Police de Nouakchott.
Néanmoins, le phénomène, encore de récente composition, n’est pas infaillible.
LES DONNES VISIBLES
Le dispositif se trouve sous le contrôle exclusif du Commissaire Deddahi Ould Abdallahi, le cousin du Chef de l’Etat, qui dirige la Direction de la Sûreté de l’Etat, la police politique ; il s’appuie sur une patiente stratégie de pénétration des polices et autres organes de sécurité des Etats cibles, en particulier le Sénégal, la Gambie, le Mali, le Niger, la Guinée Bissau et le Congo Brazzaville. Nouakchott dépense, annuellement, des sommes importantes, afin de nourrir ces réseaux amis, par la corruption des notables, hauts fonctionnaires, journalistes et jusqu’au militants des droits de l’Homme dans les pays cités. Seulement, la plupart de ces fonds ne parviennent pas à leur affectation réelle, à cause de la multiplication des prélèvements frauduleux, en cours de transfert.
Jusqu’ici, la pièce maîtresse de l’échiquier, qui sert en même temps de couverture aux financements divers en faveur de la rébellion de Casamance, était la prospère SAGAM, une entreprise de sécurité et de gardiennage, dont les capitaux de la famille Ould Taya constituent la garantie de solvabilité.
SAGAM, l’autre nom de la moins visible des officines du Colonel Ould Sid’Ahmed Taya en Afrique de l’Ouest, espionne toutes les ambassades auxquelles la lient des contrats de surveillance, cette vigilance allant jusqu’au tri scrupuleux de leurs poubelles, à la recherche d’un secret gênant.
L’homme clef de l’entreprise agit dans l’ombre ; il s’agit du très peu médiatique Abderrahmane Ndiaye, un prête-nom d’autant plus commode que son identité négro-africaine, - ethnie Soninké – le soustrait aux regards d’une opinion plus habituée aux figures conventionnelles de l’hégémonie maure. Son rôle, ces dernières années, consistait, surtout au Sénégal, à acheter le silence, sinon la complicité active des décideurs de premier plan et du personnel des polices des frontières, y compris celui de l’aéroport International Dakar Yoff ; sa réussite sera telle que le Chef de l’Etat mauritanien parviendra à s’assurer - encore aujourd’hui - l’ « amitié » active du Ministre Djibo Kâ, principal défenseur des intérêts de Nouakchott, dans le système d’alliances du Président Abdoulaye Wade.
Bien que très influent encore dans le Sahel, Abderrahmane Ndiaye est, aujourd’hui, en perte de vitesse, depuis que son protecteur, le cinéaste Sidney Sokhna, ne jouit plus des faveurs du Colonel Ould Sid’Ahmed Taya ; il a été usé, depuis 1989, à démentir, par son propre exemple et à toutes occasions internationales, les discriminations meurtrières, les déportations et les expropriations contre les négro-africains de Mauritanie.
QUELQUES CONSEILS PRATIQUES
Toutefois, les citoyens mauritaniens disposent, dans ces pays, de toutes les voies de recours et peuvent refuser de suivre les ordres de nos ambassades et consulats :
- En droit, les représentations du régime du Colonel Ould Sid’Ahmed Taya n’ont aucun pouvoir, aucune autorité de contrainte hors de la Mauritanie.
- Seule la force légitime de l’Etat où réside l’expatrié, peut le faire interpeller, juger, expulser ou extrader.
- Dans n’importe quel territoire étranger où le mauritanien otage vient d’être conduit contre son gré, il a toute latitude pour se séparer de ses ravisseurs, de préférence au passage des postes frontières ou en présence de toute force armée du dit Etat. Aux fins de réussite, il devra, alors, déclarer son état d’otage, dans un poste de police, auprès d’une ONG de défense des droits de l’Homme, d’un journal réputé indépendant ou de la délégation diplomatique d’une nation libre.
- Le fugitif, par prudence, devra se munir d’une arme individuelle et exercer, le cas échéant, son droit à la légitime défense, étant entendu qu’en droit international, les enlèvements et séquestrations de civils ne sont couverts par aucune clause.