Ahmedou Ould Abdallah

Le lendemain de la victoire électorale du Président Georges W Bush, le chef de l’Etat mauritanien le colonel Ould Sid’Ahmed Taya jubile et ses ministres l’imitent. A l’annonce du raid de l’aviation ivoirienne sur un camp de l’armée française à Bouaké, la satisfaction prend une tournure jubilatoire; les coups de fil victorieux fusent entre les villa cossues de Nouakchott; au domicile d’un membre du noyau dirigeant, des applaudissements éclatent, des femmes poussent des youyou. L’ami Gbagbo vient de corriger ces «français prétentieux» et les Cavaliers du Changement n’auraient plus de base de repli auprès de la rébellion ivoirienne. Le sérail boit du petit lait.  

Quelques heures plus tard, les aéronefs de Yamoussoukro sont détruits. La presse internationale révèle la fuite des conseillers militaires israéliens, de l’hôtel Ivoire d’Abidjan, où ils avaient installés, au dernier étage et sur la terrasse, une base d’écoutes téléphonique et de drones. Une partie de leur matériel est repliée, d’urgence, à Nouakchott.  

Dans les salons huppés de la capitale mauritanienne, la gueule de bois succède à l’euphorie; avec la résolution de l’ONU contre les livraisons d’armes à la Côte d’Ivoire, la visite de Jaques Chirac à Tripoli et le sommet de la Francophonie au Burkina Faso. L’inquiétude gagne le cœur du système et la vieille paranoïa anti-française refait surface.  

C’est alors que surviennent deux incidents, révélateurs de la psychologie jalouse et anxieuse du Colonel Ould Sid’Ahmed Taya:

 

- Son prédécesseur, le très pacifique Colonel Mohamed Mahmoud Ould Ahmed Louly, ancien Président du Comité Militaire de Salut National (CMSN junte militaire) est invité à l'ambassade de France, pour s’y faire décerner l’une des plus prestigieuses distinctions de la République, la médaille de Commandeur de la Légion d'Honneur; la cérémonie se déroule comme convenu mais à sa sortie à environ 100 mètres de la Mission, l’ancien Chef de l’Etat reçoit, sur son téléphone portable, un appel du Colonel Ould Sid’Ahmed Taya, en colère: «la prochaine fois que tu va chez les français, appelle moi avant !» ; le destinataire bredouille des excuses mais n’a pas le temps de les faire valoir ; son interlocuteur lui raccroche au nez.  

- Ensuite, c’est au tour d’Ahmedou Ould Abdallah, l’envoyé spécial des Nations Unies en Afrique d’être reçu au Palais; d’entrée, il congratule son hôte : « Monsieur Le Président, je vous félicite pour votre courage ; la plupart des chefs d'état, qui ont eu à faire face à votre situation le 8 juin, ont pris la fuite, au premier coup de feu". 

Ould Taya qui n’écoute pas toujours ses invités - surtout pas celui-ci dont il craint les amitiés franco-américaines - entend les mots « fuite » et « 8 juin » dans la même phrase; furieux, il se lève, frappe un vigoureux coup de poing sur la table de verre devant lui et manque de la casser en mille morceaux; il hurle «  Ahmedou, je t'avais dit que je n’ai pas l'intention de partir, je ne bougerai pas (mani harek! répété 3 fois) ! Va dire ça à tes amis! » Ensuite, il quitte la pièce, laissant son malheureux invité, aux mains d’un protocole en proie à la terreur.   

L'entrevue, prévue de longue date devait être l’occasion d’aborder quelques sujets de l’heure: le sommet du Nepad, celui de la francophonie, la visite de Chirac en Libye, le procès de Ouad Naga..

 

C’est cela, la nouvelle Mauritanie.