Les
personnes dont les noms suivent dans
une note d'alerte publiée par
Conscience et Résistance
sont
emprisonnées, en
Mauritanie, au motif d'avoir cherché à renverser
le
pouvoir; il est à noter qu'aucune d'entre elle n'a été convaincue de détenir des
armes pas plus qu'elles ne comptent un seul militaire. Tous sont des civils et
membres de l’équipe de campagne de
Mohamed Khouna Ould Haïdalla, candidat aux
élections présidentielles et ancien chef de l’Etat. Il sera arrêté la veille de
l’échéance, relâché le même soir afin de permettre la tenue régulière du vote,
puis, de nouveau appréhendé le lendemain. Dans son édition du 7 novembre, le
quotidien français Le Monde titrera «Une
journée pré-électorale rocambolesque en Mauritanie»
Mohamed Khouna Ould Haïdalla n’a pas exercé de fonctions depuis sa destitution par coup d’Etat, le 12 décembre 1984, Ismaël Ould Amar est un député, normalement couvert par l’immunité parlementaire, Mohamed El-Hafedh Ould Mohamed Vall dit Haba un agriculteur, Ely Ould Sneiba un enseignant à l'université de Nouakchott, Mohamed Yehdhih Ould Breïdelleil un fonctionnaire à la retraite, Devali Ould Cheïne un armateur, Cheikh El Mokhtar Ould Horma un médecin ; les autres sont de jeunes collaborateurs du candidat.
Trois personnes au moins parmi cette liste ont été soumises à des sévices graves ; elles connaissent leurs tortionnaires.
Au-delà de l’accusation fantaisiste, les détenus ont en commun d’avoir cru en la possibilité d’une alternance pacifique, malgré l’absence d’observation neutre et d’instance indépendante de contrôle du scrutin. En Mauritanie, seul le Ministère de l’Intérieur supervise et organise le vote puis déclare les résultats. Ainsi, le perdant se retrouve investi et les gagnants en prison.
Les prévenus sont jugés, selon la procédure d’urgence qui caractérise le flagrant délit. Ici, il est à rappeler que les auteurs de la vraie tentative de putsch du 8 juin passé réclament, eux, toujours et en vain, le droit à un procès.
Maouiya Ould Sid’Ahmed Taya, le chef de l’Etat mauritanien est régulièrement dénoncé par les associations de droits de l’homme, pour tolérance de pratiques esclavagistes, instigation d’actes de tortures, de crimes de disparition et de crimes contre l’humanité, à visées racistes. Il règne sur les destinées de la Mauritanie depuis 19 ans ; sa tribu, minoritaire et nantie, constitue le noyau d’un pouvoir de plus en plus privatisé, et à forte conformation prétorienne. En moins de deux décennies d’un régime relativement stable, la Mauritanie a consommé la fracture ethnique et le délabrement de l’appareil judiciaire, avant d’inaugurer l’institutionnalisation du népotisme.
Le système de domination est tenu à bouts de bras par la Banque Mondiale, sous la tutelle tournante de la France et des Etats-Unis d’Amérique. Israël, L’Espagne et le Maroc en constituent les soutiens les plus constants. L’union européenne adopte une réserve bienveillante, en vertu des accords de pêches particulièrement complaisants sur l’exploitation de la ressource et la gestion des dividendes versés à la Mauritanie.
En dépit de nos mises en gardes répétées, les partenaires extérieurs ne semblent pas prendre conscience de leur implication, dans le processus de dislocation du pays. Faute de spécialistes avertis et de volonté politique suffisante, la plupart ignorent à quel point ils participent, comme acteurs, à la violence symbolique et physique qu’une tribu inflige au reste de la population ; la négligence, la realpolitik et l’ignorance stratégique expliquent ici combien des nations civilisées peuvent, par le simple fait de l’imprévoyance ou de l’incompétence, se faire les protagonistes d’une guerre de factions, processus dans lequel la puissance publique n’exprime plus que les intérêts immédiats du plus fort.
Conscience et Résistance, en appoint au mouvement de solidarité de la société civile mauritanienne, multiplie, dans l’espace du monde libre, les démarches et les initiatives auprès des élus, des média et des opinions, afin que le silence ne couvre la mise à mort d’un projet d’Etat et de coexistence, si laborieusement fondé, en plein désert, sur le terrain miné des particularismes.
La libération nécessaire du Président Ould Haïdalla et de ses compagnons ne saurait suffire ; la contradiction urgente demeure la nécessité de mettre un terme à un régime dont l’impunité sanglante interdit toute réforme. Il y va aussi de la paix dans l’espace sahélien.