COLONEL ELY OULD MOHAMED VALL COLONEL MOHAMED OULD ABDELAZIZ

Le 25 août 2005, à l’occasion d’un entretien avec la chaîne qatarie Aljazeera, le Ministre mauritanien des Affaires Etrangères, Monsieur Ahmed Ould Sid’Ahmed, réagit aux attentes d’une amnistie en faveur des détenus civils et militaires, notamment ceux impliqués dans les tentatives de putsch de 2003 et 2004 ; tout comme le Premier Ministre Sidi Mohamed Ould Boubacar, il s’en remet à la justice et réitère la confiance des autorités dans le primat du droit.

En termes moins vagues, cette déclaration constitue un sujet d’inquiétude supplémentaire, au moment où tant de voix réclament la libération inconditionnelle des prisonniers politiques. Or, les propos du Ministre et du Chef du Gouvernement tranchent nettement avec les déclarations d’un membre du CMJD, sur la voix de l’Amérique, en l’occurrence le Colonel Mohamed Ould Abdel Aziz ; c’était le 8 août :

A la question du journaliste Idrissa Fall

- «Vous êtes le Conseil Militaire, qu’est-ce que vous comptez faire ? Vous parlez du peuple, mais qu’elles sont vos intentions ? Est-ce que vous allez rendre le pouvoir aux civils ou bien est-ce que vous faites des promesses que vous n’allez pas respecter ? Le Conseil dit que vous allez rester deux ans, mais généralement le pouvoir on y prend goût aussi.»

Mohamed Ould Abdel Aziz répond avec une rare lucidité:  

 - «Effectivement vous avez parfaitement raison, d’ailleurs nous avons l’expérience du régime précédent qui confirme exactement ce que vous venez de dire, parce qu’à son arrivée il avait prononcé et annoncé de très bonnes choses, mais malheureusement, avec le temps il a vite dévié.

 En ce qui concerne le Conseil Militaire pour la Justice et la Démocratie. Vous avez, la «Justice» et la «Démocratie». Vous savez chez nous, il n’y a pas de justice et il n’y a pas de justicier. La justice est une justice corrompue et au service du régime et qui ne sert qu’au régime. La sentence est dictée. Au lieu qu’elle soit débattue par un jury, comme dans tous les pays du monde, elle vient de la présidence. Nous voulons instaurer la justice.  

Ça, c’est d’une part. Deuxièmement, la démocratie, le point le plus important : la démocratie, il n’y en a jamais eu. Ce que ne voulons faire, c’est, avec nos partenaires politiques, essayer de voir tout ce qui était mauvais et le laisser de côté et d’asseoir des institutions propres et saines qui doivent aboutir à une démocratie issue du peuple et pour le peuple et non une démocratie, je le répète, qui sera au service d’un groupe d’individus ou d’un homme.»

Les déclarations du Premier Ministre et du Ministre des Affaires Etrangères contredisent, nettement, les mots forts et justes du Colonel Mohamed Ould Abdel Aziz ; une telle dissonance ne peut être tenue pour incidente ou secondaire ; elle comporte de quoi entretenir la méfiance des mauritaniens. Le Chef de la diplomatie aurait mieux inspiré de se taire, à moins qu’il ne s’agit, là, d’une provocation.  

L’attitude est d’autant plus étrange que l’auteur, sans aucun égard pour la logique, invite l’opposition – intérieure et extérieure – à s’impliquer dans la transition. L’on se souvient que certains membres de cette dernière restent sous le coup de condamnations lourdes et de mandats d’arrêt internationaux.  

En écho à ce cafouillage, les familles des détenus ont campé, dans la soirée du 25 août, devant la prison civile de Nouakchott, pour y reprendre leur rassemblement, suspendu suite à des promesses de libération imminente. Il ne reste plus à la police qu’à les réprimer ; alors, la nuance du  Ministre Ahmed Ould Sid’Ahmed revêtirait une signification explicite ; dans le même entretien, il précise que l’événement du 3 août n’est pas un coup d’Etat, seulement une «opération rectificative.»  

Au moment où se profile une manœuvre visant à empêcher le Commandant Saleh Ould Hanena et ses amis de jouer un rôle politique, les mauritaniens sont en droit d’exprimer leurs refus et déception. L’opposition dite «légale», sous peine d’abdiquer ses référents et de se couper des populations, gagnerait à faire entendre son objection à un tel calcul.  

Interview du Colonel Mohamed Ould Abdel Aziz, membre du CMJD (Audio, Français): 

http://www.voanews.com/french/2005-08-10-voa1.cfm

Interview de Mohamed Ould Sid’Ahmed, Ministre des Affaires Etrangères (Arabe):

http://www.alakhbar.info/page1.php?id=3821&catid=2

 

Avertissement du Président Obasanjo (Arabe):

http://www.aljazeera.net/NR/exeres/0F6A028C-FFC5-4797-A2D8-2979D67E10E4.htm