Colonel Maaouiya Ould Sid'Ahmed Taya

Ils sont 83.  

A Nouakchott, les réunions du Conseil National du PRDS (parti au pouvoir) se déroulent, dans une ambiance d’inquiétude feutrée ; les membres de ce cercle s’alarmaient des rumeurs d’ « ouverture et de dialogue », en direction des forces contestataires. La plupart craignent d’y perdre quelques avantages. La rumeur évoquait, déjà, la dissolution du PRDS et un gouvernement d’Union Nationale. D’aucuns pressentaient que le Colonel Ould Sid’Ahmed Taya, chef de l’Etat, démissionnerait de la présidence du Parti.  

Lorsqu’il fit son entrée, les visages graves des courtisans attendaient l’annonce, avec une appréhension grosse de fatalisme. Chacun ruminait, en secret, une spectaculaire réaction de loyauté envers le Chef, comme cela se produit désormais, lorsqu’il condescend à réunir le sérail.  

Cependant, le Colonel Ould Sid’Ahmed Taya éluda le sujet attendu ; il parla de poursuivre la campagne de promotion du Livre. Au soulagement, succéda une nouvelle impression : s’il y a compromis avec l’opposition, il se réalisera sans l’avis du Conseil National du PRDS, donc par seule décision du Chef.  

Sur ce, quelqu’un demanda la parole et se livra à la démonstration de son allégeance, sur un mode assez neuf . Il dit, en substance : « Votre Grandeur Monsieur le Président, je profite de ce que vous dites, de si clairvoyant, au sujet du Livre ; justement, nous venons de recevoir notre frère et hôte Yahya Jammeh, Président de la République sœur de Gambie ; il est Docteur Honoris Causa !!! Pourtant, avec tout le respect que je lui dois, il n’a pas consenti, comme vous, autant de sacrifices pour l’Instruction et le Savoir !!! Comment se fait-il donc, Votre Grandeur Monsieur le Président, que ce titre, amplement mérité, vous manque encore ?!!! » 

Le Colonel Ould Sid’Ahmed Taya sourit et acquiesça, du chef : «  oui, c’est très important, ce que vous dites là » ! 

Dans le reste de l’assistance, les regards d’envie foudroyèrent l’inventeur de la courbette ; tous durent se disputer la parole, pour le répéter et le confirmer, devant le Chef de l’Etat.  

A peine la réunion avait-elle pris fin, que les plus malins se précipitèrent, en ville ou par téléphone, chez leurs amis enseignants et chercheurs, pour dénicher, ensemble, une université prestigieuse qui accepterait d’accueillir Ould Taya et lui décerner le fameux diplôme. 

Depuis 24 heures, la concurrence bat son plein, entre 83 humanités en quête du même morceau de viande.  

Le Conseil National du PRDS poursuit ses « débats », au Palais des Congrès, sous des mesures de sécurité exceptionnelles. Il devrait clore ses travaux, ce soir, assez tard, 12 janvier 2005.  

Sans doute, la face de la Terre en sortira changée.