Allocution de Monsieur Mohamed Lemine Ould Dadde, Délégué Diplomatique Permanent de Conscience et Résistance, en séance plénière du Congrès des partis Verts Européens, tenu à Rome, du 20 au 23 février 2004

 GLOBAL GREENS 

Chers amis

 Je vous épargne les formules liminaires, les précautions oratoires, la généralité de circonstance. Si vous entendez bâtir une écologie volontariste et plongée dans les épreuves du siècle, j’attire votre attention sur les impératifs du moment :  

1 : La nécessité, devenue quotidienne, de considérer l’importance et le caractère urgent de l’œuvre de salubrité publique en matière de gestion des états. L’écologie ne saurait rester une affaire de poubelles, de recyclage, de verdure et d’air frais ; elle doit prendre, à bras-le-corps, l’infrastructure des contradictions à l’échelle du monde ; celles-ci sont politiques, c'est-à-dire en relation permanente avec la diplomatie, les enjeux de pouvoir, l’interdépendance entre le nord démocratique et le Sud sous contrôle autoritaire. Là, nous sommes obligés d’étudier, avec rigueur, les processus de privatisation des biens collectifs, au profit de minorités dirigeantes, qui se perpétuent par la violence brute et le népotisme ; elles n’en bénéficient pas moins des faveurs de la Banque Mondiale et du FMI ; ces centres de domination développent leurs logiques internes et sont parfois – il ne s’agit plus d’un détail incident – entièrement déconnectées des multinationales ; l’impérialisme n’explique pas tout ; il nous faut ouvrir les yeux sur la recomposition des équilibres dans le Sud et l’émergence, là, de nouvelles formes d’oppression dont les discours de la gauche traditionnelle n’élucident plus la complexité.

2 : Parmi les illustrations les plus marquantes de nos égarements, permettez-moi de citer l’épineuse question de la dette; la revendication, commode et facile, d’effacer celle-ci, sans condition, ni morale ni politique, constitue, un encouragement fort au maintien et à l’impunité des régimes prédateurs, une prime officieuse à la corruption ; ici, la fibre de la générosité bute sur le réel, entêté et permanent. Les faits sont là, chers amis : quand on subventionne un pays, l’on est en droit de demander des comptes à ses décideurs, au nom de l’intérêt vital des populations, souvent marginalisées ; cela s’appelle de l’ingérence et c’est un mot noble ! N’ayez crainte de vous faire traiter de « néo-colonialistes », exigez, de vos interlocuteurs du Sud, transparence et suivi ; l’argent de vos contribuables, ne doit plus financer la domination des peuples, ni renforcer le pouvoir des despotes. Je sais que l’exercice est délicat mais il relève désormais d’une autocritique que les attentes des sociétés civiles du Sud rendent pressante. Je propose qu’à l’issue de nos assises, un atelier de réflexion européen se charge de formuler, à l’usage de la grande famille écologiste, une nouvelle doctrine en matière de coopération internationale. Je vous invite à définir une attitude commune de nos parlementaires face à l’application, souvent complaisante, des accords ACP-UE, dont les clauses de sauvegarde des libertés, restent tributaires du cynisme diplomatique et des calculs à court terme des gouvernements.  

3 : Enfin, je vous prie d’accorder davantage de vigilance à certaines complicités européennes avec les régimes autoritaires du Sud, dans les circuits de pillage des ressources naturelles et le recyclage oligarchique de leurs revenus, auprès des banques du Nord.  

Je vous remercie !

 Mohamed Lemine Ould Dadde                                                                      Rome, le 21 février 2004

 

 

 

           

 

 
1