edmond_jouvePierre Mesmer Jacques Godfrain

 

Le vendredi 4 février 2005, dans l’enceinte de la Sorbonne, s’est ouverte la table intitulée « La Mauritanie aujourd’hui » 

Il s’agit d’une entreprise de relations publiques, organisée, à huis clos, par le régime mauritanien et ses soutiens en France, pour l’essentiel des figures fossiles de la vieille droite bédouiniste et post-coloniale, nostalgique du thé sous la tente, des méharées et des dunes. 

L’entrée des invités s’est opérée derrière un dispositif de filtrage et sous bonne garde de deux cars de CRS, en tenue anti-émeutes. Les personnes, dépourvues du fameux carton d’invitation, se sont rassemblées dans la rue ; à la faveur du regroupement improvisé, les militants des droits de l’homme et de la démocratie ont interpellé les témoins et la presse, sur cette entorse à l’esprit de contradiction; plusieurs tracts furent ainsi distribués ; faut-il rappeler que l’essentiel de l’exposé était consacré à une curiosité étymologique : «  l’Etat de droit en Mauritanie » ; naturellement, plusieurs associations, parmi lesquelles Amnesty International, n’ont pu accéder à la salle.  

Lors de l’échange avec le public, les rares intervenants se sont étonnés de cette exclusion.  

Monsieur Lô Gourmo était le seul opposant admis par les organisateurs. Dans sa prise de parole, interrompue malgré lui, il a protesté contre la prétendue indépendance de la justice, notant que le verdict « clément » au procès des présumés putschistes relevait d’une décision politique et non de l’autonomie des magistrats.  

L’image la plus pathétique, celle qui aura soulevé pitié et consternation, est l’arrivée du jurisconsulte musulman Hamden Ould Tah, soutenu aux aisselles, par deux courtisans quelconques du PRDS (parti au pouvoir), précédé de l’Ambassadeur Sidi Mohamed Ould Boubacar et suivi de Mohamed El Hassen Ould Lebbat et de Mohamed Lehbib Bal, respectivement ancien ministre des affaires étrangères et conseiller à la « Présidence ». Traîné dans ce charroi de la vertu, le pauvre Hamden Ould Tah, malade, sans forces et manifestement abandonné par sa famille, devait discourir sur l’Islam et la tolérance, du temps des Ehl Taya. Autant parler de délicatesse sous les barbares… 

Hamden Ould Tah a commencé son propos par la formule d’usage des applaudisseurs: «  sous la direction clairvoyante du Président de la République Maaouiya Ould Sid’ahmed Taya » 

De l’avis des témoins - dont certains se sont endormis d’ennui - la volonté de promotion du régime a été plus forte que l’attention au public, de sorte que la table ronde s’est vite transformée en réunion de louanges du Chef de l’Etat mauritanien ; la tradition des griots du Sahel a donc été mimée en Sorbonne, la poésie exceptée.  

La communication des partisans du Colonel Ould Sid’Ahmed Taya inaugure, ici, une nouvelle méthode de persuasion : mentir, en circuit fermé, devant un public acquis et sous protection de la police.  

La chose a désormais le mérite de se faire au grand jour.