VICKI HUDDLESTON

Les récentes déclarations de l’Ambassadrice des Etats-Unis d’Amérique au Mali Mme Vicki Huddleston*, sur les ondes de la chaîne de télévision Aljazeera, comportent une évolution risquée de la diplomatie de Washington vers la Mauritanie.  Ces propos introduisent un amalgame, lourd de conséquences, entre une éventuelle déstabilisation du pouvoir mauritanien par ses détracteurs armés et l’action des groupuscules islamistes du sud algérien. Les deux mouvements, quant à leurs causes, messages, objectifs et moyens respectifs, sont de nature différente ; rien, à ce jour, n’autorise d’affirmer qu’ils entretiennent ni cultiveraient l’intention d’entretenir des liens de coopération ou de proximité, même géographique.  

Les assertions de la diplomate américaine traduisent une inclination, de moins en moins prudente, des Etats-Unis, à prendre parti, dans les contradictions mauritaniennes, pour la perpétuation d’un régime dont les dernières élections présidentielles dévoilent l’illégitimité manifeste. Cette option ne saurait être acceptée par nos compatriotes.  

Si les Etats-Unis ont raison de traquer le terrorisme partout où il se manifeste, les mauritaniens aspirent, eux, à exercer leur droit légitime de mettre fin au despotisme tribal qui pille les ressources de leur pays et en compromet la pérennité ; la stratégie préventive de l’administration américaine face aux foyers de violence religieuse dans le Sahel, ne saurait justifier, leur appui militaire et sécuritaire au Pouvoir du Colonel Ould Sid’Ahmed Taya.  

Il appartient à nos compatriotes, de réagir, avec vigueur, contre ce glissement gros de périls, pour l’aspiration de notre peuple à des lendemains de paix et de démocratie ; les Etats-Unis doivent comprendre que l’alternance, en soi, nous est devenue vitale ; ses formes seront celles que le rapport des forces internes dicteront. Ce dilemme est national et devrait se résoudre, entre mauritaniens.  

Dans le silence et la banalisation, l’arbitraire est en train de nous être imposé, à vie, sous le prétexte, ô combien valable, de la défense de la civilisation contre la barbarie.  

Pendant qu’il est encore temps, Conscience et Résistance appelle toutes les forces démocratiques de Mauritanie à exprimer, fermement, leur opposition aux dérives en cours dans le rapport, plus qu’ambiguë, de l’administration américaine à notre pays. Nos intérêts communs avec l’Amérique s’arrêtent où commence l’atteinte consacrée à nos équilibres essentiels. Parce que nous sommes instruits par l’expérience, nous ne voulons, dans le contexte autoritaire que l’indifférence du monde nous impose, ni de conseillers militaires ni de soldats américains sur notre sol. Ce principe, nous devons, tous, l’affirmer et le défendre avec la conviction et la vigueur requises.  

                                                                                
 

* Mme Huddleston a quitté son poste au Mali au 1er février 2005