LOCATAIRE DU PALAIS PRESIDENTIEL: AVIS D'EXPULSION

 

Le 27 janvier 2007, devant une assemblée des nouveaux maires, le Colonel Ely Ould Mohamed Vall, Président du Conseil militaire pour la Justice et la démocratie (CMJD) se risquait à exercice de rhétorique déroutant où mains observateurs ont, cependant, pu lire sa détermination à brouiller l'esprit de la transition afin d'en étirer le cours finissant.

Le Chef de l'Etat, visiblement agité comme durant la plupart de ses discours sans contradicteur, s'est appesanti sur la thématique de sa préférences et tenta - par des ressources de persuasion assez modestes il est vrai - de l'imposer aux mauritaniens. Le laïus, au demeurant brouillon, comporte, en substance, deux moments forts:

- Il somme les hommes politiques, singulièrement les candidats à la magistrature suprême, de renoncer toute intervention dans le domaine inviolable que Ely Ould Mohame Vall juge au dessus des lois et de la souveraineté populaire: le maintien des relations diplomatiques avec Israël, le retrait de la Communauté Economiques Des Etats de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) et l'impunité des militaires responsables de tueries et de tortures à caractère ethnique. Aux yeux du Président du CMJD, cette part de l'héritage légué par le Colonel Ould Taya appartient au sacré et transcende la dynamique de l'alternance.

- Le "vote blanc" relève d'une motivation civique,  si l'offre concurrentielle ne satisfait l'électeur. Donc, chacun a le droit, si ce n'est le devoir d'en abuser. Ainsi, tout président élu en deçà de 50% des suffrages exprimés - les bulletins neutres compris - serait en  déficit de légitimité; l'autorité provisoire se prolongerait alors d'où la possibilité implicite d'une candidature du Colonel Ould Mohamed Vall aux plus hautes fonctions.

La condition de la majorité qualifiée, notons-le, surgit dans le débat, juste après les consultations législative et municipale du 19 novembre 2006.

Outre leur volonté flagrante de perturber un processus presque achevé, les propos intempestifs de Ould Mohamed Vall illustrent la prétention, par certains officiers, d'apporter un contrepoids permanent à l'autonomie du régime issu des urnes. Le Président du CMJD semble peu enclin à quitter le pouvoir, assez pressé d'y revenir et n'admet une trêve de gouvernement qu'à condition d'y jouir d'une dérogation suspensive, un peu suivant le statut du Guide de la Révolution Islamique en Iran ou du Commandement militaire dans la Turquie post-kémaliste. Or, la Mauritanie de nos jours n'autorise nulle similitude avec de tels cas.

Le dérapage, unanimement rejeté en Mauritanie, survient une semaine après l’échec d’une tentative de prolonger la période transitoire. Conduite, par le Chef d'état-major adjoint  de l'Armée le Colonel Ould Cheikh El Alem - sans doute avec l'aval du Président du CMJD - l'initiative tournera court, à cause du manque de coordination et de l'improvisation si caractéristiques parmi les amateurs en tout genre.

Finalement, l'auteur des mots malheureux se rectifiera, le 30 janvier 2007, lors d'une conférence de presse improvisée, arguant le malentendu et sa bonne foi. Il nie avoir incité les citoyens à voter dans un sens ou un autre; Ely Ould Mohamed Vall redit son engagement à respecter les délais prescrits par le CMJD, assure ne vouloir briguer aucun mandat électif avant l'installation de son successeur et promet de partir à la retraite, une fois le pays doté d'institutions régulières. 

Le Colonel Ely Ould Mohamed Vall n'en est pas à son premier excès verbal. Ses prises de position en public trahissent un déficit de contrôle de soi et une inclination, quasi systématique, à la surenchère. L'homme apparaît, ainsi, dans toute sa dimension autoritaire; le danger de son retour au sommet de la décision collective ne souffre plus d'ambiguïté. La nuance soulignée plus haut confirme les ambitions du personnage et requiert, à ce titre, un maximum de vigilance.

Dans ces conditions, l'usage, en masse, du bulletin partisan, constitue la plus sûres des préventions; pour barrer le chemin aux apprentis-Taya en fin de stage, il importe de réduire, a un minimum ridicule, le pourcentage de votes blancs.

La Mauritanie, enfin, mettra un terme définitif à la confusion des genres entre la caserne et l'office. C'est par cette ligne de distinction que l'espèce humaine accède , durablement, à la civilisation.

Mon Colonel, a mis un terme à une dictature qu'il contribuait à bâtir; la contrition louable vaut une retraite de confort, des indulgences larges et quelque honneur. Il serait chagrin et point plaidable de lui en faire refus. Auparavant, nous devons l'aider à partir, en aller simple.

Alors, il abandonnera son uniforme, endossera un bleu de travail et ira cultiver d’autres jardins; la Mauritanie offrira la semence et l'outil; plus loin de notre champ il bêchera, meilleure sera notre récolte. 

 

Conscience et Résistance                                                                                     Le 30 janvier 2007