Une excellente nouvelle vient apporter un regain d’optimisme à la phase de transition en Mauritanie, au moment où elle se fourvoie dans les manipulations obliques. Anne Marie Isler Béguin, une députée verte du Parlement de Strasbourg devient chef de la délégation des observateurs européens aux futures élections dans notre pays. Française, très engagée dans le mouvement de soutiens aux révolutions démocratiques d’Europe de l’Est, Madame Isler Béguin s’est distinguée, ces dernières années, par des initiatives constantes en faveur des victimes de violations des droits humains sous le régime déchu du Colonel Ould Sid’Ahmed Taya. Ses efforts se sont concentrés, surtout, sur la défense du célèbre détenu d’opinion Chbih Ould Cheikh Melaïnine, ainsi que d’autres opposants de l’intérieur, tel l’ancien Président Mohamed Khouna Ould Haïdalla ; de même, entreprit-elle des interventions vigoureuses, lors du procès des insurgés civils et militaires – dit de Ouad Naga y- contre les éventuelles condamnations à la peine capitale.  

http://www.maib.info/1/article.php3?id_article=439 

Cependant, Madame Isler Béguin, au même titre que les autres contrôleurs du scrutin, aura à investir un terrain, pour l’instant miné par les tentations de la tricherie et la violation sournoises des promesses de neutralité, par les autorités provisoires.  

 

Contexte 

Dans une note d’avertissement, Conscience et Résistance, sous le titre « DANGEREUX ET INADMISSIBLE » dévoilait, en termes allusifs, la première atteinte, avérée et d’envergure, au principe de la non ingérence de l’armée et du gouvernement, dans l’enjeu des préférences électorales ; cette promesse, consécutive à l’éviction du Colonel Ould Sid’Ahmed Taya a rendu la confiance aux mauritaniens et rassuré les partenaires extérieurs, d’où la reconnaissance, rapide et sans heurts, du putsch du 3 août 2005, selon le principe pragmatique d’un « mal pour un bien ».  

Quelques mois plus tard et à peine les mesures d’arbitrage formalisées, des fonctionnaires, plus ou moins officieux de la Présidence et d’ailleurs dans sa périphérie, approchèrent, au nom du pouvoir actuel, certains chefs d’Etats africains, afin d’obtenir leur soutien à l’ambition présidentielle de Monsieur Sidi Ould Cheikh Abdallahi, un ancien membre des gouvernements civil et militaires, puis représentant du Fonds Koweitien de Développement au Niger où il conseillait le Ministre du Plan. Revenu à Niamey, le candidat ira même jusqu’à obtenir un accueil officiel, avec déroulement du tapis rouge, dès la descente d’avion.

 

Acteurs 

D’autres missions lui permirent de se faire recevoir par le Président Abdoulaye Wade, persuadé, alors, d’accorder audience au futur Président de la Mauritanie. Des tentatives similaires échouèrent au Togo, Gabon et Mali. Monsieur Mohame Vall Ould Bellal, ancien « idéologue » du parti-Etat de Ould Sid’Ahmed Taya et ex ministre des affaires étrangères du susdit, se déplacera, à Paris, pour y vendre, en vain, le même article, déjà périmé avant que d’avoir servi ; C’est à partir de cette dépense d’entregent, caractérisée par l’amateurisme et la confusion des genres, que les premières indiscrétions apparurent, sous une forme sommaire, sur le site arabophone almashed.com avant d’en disparaître, curieusement, au point de ne laisser aucune trace sur le lien électronique d’origine :  

http://www.almashhed.com/vb/showthread.php?t=4869&highlight=%DF%E3%C8%C7 

Les rédacteurs dénonçaient les missions secrètes d’une conseillère subalterne à la Présidence, la dénommé Coumba Ba, intrigante de seconde zone, non dénuée d’arguments apolitiques, comme s’en peuplent, toujours, les allées du pouvoir sous les Tropiques.  

Coumba Bâ est née en 1970 ; elle a obtenu, laborieusement, un diplôme de dentiste ; elle n’a jamais exercé son métier.  

Depuis 15 ans, Hamadi Bâ, le frère aîné de Coumba, officie, sans attributions définies, à la Présidence.  

Les deux sont enfants de Mamadou Bâ Nalla, notable peul, proche de Ould Sid’Ahmed Taya, dès avant l’accession de ce dernier au pouvoir en décembre 1984. Il décédera en 2005, après avoir occupé la charge fortement symbolique de Secrétaire Fédéral du Parti-Etat, dans la région du Gorgol, pourtant la plus touchée par les massacres racistes de 1989-1991.  

Madame Coumba Bâ est entrée dans l’entourage de Ould Sid’Ahmed Taya, à la faveur de la disgrâce de sa belle soeur Dié Bâ, l’une des favorites du sérail. Cette dernière, longtemps ministre des affaires sociales – département sans consistance dans un pays où la condition de l’enfant et de la femme relève davantage des instances traditionnelles – perdra sa position, en 2003, quand l’échec de la tentative de putsch du 8 juin entraîna la révision des équilibres de factions et de tribus  au sommet de l’Etat.  

Les deux égéries, parmi un bataillon touffu de courtisans, remplissaient l’office d’une caution négro-africaine de genre à un régime chroniquement accusé d’ethnisme meurtrier, de déportations et de tolérance envers les auteurs de pratiques esclavagistes.  

Coumba Bâ, dont le dernier déplacement en récidive aggravée remonte aux 17et18 août 2006 à Bamako, cache opportunément d’autres émissaires, parfois recrutés, sous la contrainte, jusqu’au sein du commandement de l’armée ; des officiers se plaignent, depuis quelques temps, des instances d’un membre influent du Conseil Militaire, les poussant à solliciter leurs clans ou tribus, au profit de Monsieur Sidi Ould Cheikh Abdallahi. Une note supplémentaire traitera, le moment venu, des détails et incidences de ces immixtions sur la cohésion des forces armées et de sécurité.  

Problématique

A ce stade d’implication, nul doute n’est plus permis : le sérail mauritanien, du moins une coterie importante en son noyau, travaille pour la candidature présidentielle de Monsieur Sidi Ould Cheikh Abdallahi, un technocrate au demeurant respectable, dénué de passé partisan mais plus docile que la plupart des aspirants – potentiels ou déclarés - à la fonction. Nul n’écarterait le détail de la parenté entre son épouse et le Président du Conseil Militaire pour la Justice et la Démocratie, Chef de l’Etat. Or, dans l’environnement conventionnel de la compétition, avec tous les miracles du fétichisme et la désinvolture des arbitres les plus effrontés, cet homme ne pourrait prétendre au minimum décent de voix, a fortiori l’accès à la magistrature suprême. Aussi, la suscitation puis le maintien de sa candidature autorisent la certitude d’un chantage sur les électeurs, par la débauche de cadeaux aux notabilités tribales et un surcroît d’intimidation subtile sur les concurrents. En amont, la pression psychologique rendrait inutile, le bourrage des urnes. Après 20 années de fraudes en tout genre, de faux et de distribution abusive des faveurs, la moindre inclination du gouvernement au profit d’un candidat crée le substrat de son succès.  

La faute est partie d’un lieu hautement sensible, en l’occurrence de la Présidence du Conseil Militaire pour la Justice et la Démocratie, la plus haute instance de transition. Il y a là une violation honteuse des engagements pris auprès de nos compatriotes, sous le regard et l’attestation du monde. 

Recommandations 

Donc, il appartient, plus que jamais, au Colonel Ely Ould Mohamed Vall et à ses pairs, d’opérer, rapidement, les rectifications requises, dans le sens du retour, net et sans ambiguïté, à l’esprit réformateur et généreux du 3 août. Les mesures à prendre devraient contenir une part de message audible par le grand nombre, de telle sorte que de les périls sur l’intégrité et la transparence du processus, soient écartés du domaine de l’interprétation et du doute.  

La Commission Electorale Indépendante, sous peine de se retrouver dans la posture de constater le « bon déroulement » d’un tripatouillage selon les normes africaines, gagnerait, vite, à considérer,  la présente alerte, avec préoccupation.  

Une identique mise en garde s’adresse aux partenaires stratégiques de la Mauritanie, restés longtemps sourds à ses souffrances, s’ils n’en furent complices. Aujourd’hui, ils détiennent une faculté d’ingérence si décisive que leur inaction, devant l’imminence de l’imposture, vaudrait - vaut déjà - connivence.  

Nos compatriotes ne réclament pas de leurs tortionnaires et affameurs qu’ils se livrent à l’exigence élémentaire d’équité ; non, ils escomptent, le minimum, s’y accrochent, encore, malgré la courbe exponentielle des déceptions : qu’on les laisse choisir, pour une fois, en toute honnêteté, sans faire pencher la balance des bulletins dans le sens inverse de son poids effectif. Sinon, le renversement du Colonel Ould Sid’Ahmed Taya ne représenterait qu’une pause dans le continuum d’usurpation de la légitimité. L’espoir du 3 août 2005 aurait vécu.  

Or, quelle que soit la médiocrité de son élite, un peuple frustré de ses rêves les plus modestes, ne reste indéfiniment en sommeil. Il y a, il existe, à chaque période d’incertitude, assez de folie et d’audace en son sein, pour sonner le réveil violent et le rappel de la mémoire qui se ferme, alors, au pardon, après le temps long et ingrat de l’oubli, de l’indulgences et des résignations. Nous sommes de ces minorités agissantes et ne reculons devant l’épreuve, quand le seuil de l’insupportable est franchi.  

En Mauritanie, les forces armées et de sécurité doivent dire adieu à l’exercice du pouvoir, de préférence un adieu sincère, définitif, irrémissible et électoralement irrécupérable derrière les semblants d’une fausse retraite ; l’honorable Sidi Ould Cheikh Abdallahi ne passera pas, précisément parce qu’il incarne les tentations de la continuité, de l’esquive historique et de la partialité ; les initiateurs de la manœuvre gagneraient à en faire le deuil, pour se prémunir, tant qu’il est encore possible, des jours programmés où il faudra rendre les privilèges et renoncer l’arrogance. Les mauritaniens ont besoin de se réconcilier en osant faire face à leur passé douloureux, loin de l’amnésie et de la complaisance devant une minorité de prédateurs. Quoique salutaire au-delà de toute mesure, le putsch du 3 août 2005 efface bien des forfaitures mais n’exempte de la promesse due. Non, les créances vitales excluent les nouveaux délai  et, d’autant plus, les versement par traites. Notre petit bout d’autodétermination, nous le voulons entier, ici et maintenant ! 

 

 Conscience et Résistance                                                                                    Le 12 septembre 2006

 

Liens connexe : http://www.conscienceresistance.org/appel_a_ely.htm

 http://www.conscienceresistance.org/cmjd_neutralite.htm