Note sur les préparatifs invisibles d’un procès

 

Depuis quelques jours, à l’insu des mauritaniens, un bras de fer serré sur le sort du Commandant Saleh Ould Hanena, oppose sa famille et ses avocats d’une part et, de l’autre, les Services de Sécurité et les avocats proches du Pouvoir. L’enjeu dépasse la simple question de la défense. Parce que ce face-à-face a atteint son paroxysme, en cette soirée nuit du 7 novembre 2004, nous avons décidé de le porter sur la voie publique, afin de prendre l’opinion à témoin de l’une des tentatives de manipulation que la justice mauritanienne a rarement connues.

Dès l’arrestation du Président des Cavaliers du Changement, la bataille de la représentation des détenus faisait rage au sein des deux barreaux : celui du gouvernement, conduit par Maîtres Melaïnine Ould Khlifa et Mohamed Ould Dahane,  est déclaré illégitime par toutes les instances internationales compétentes ; celui, élu et présidé Maître Mahfoudh Ould Bettah compte, dans ses rangs, entre autres défenseurs connus, Brahim Ould Ebety, Fatimata Mbaye, Diabira Maroufa, Moctar Ould Ely, Yacoub Diallo, Mohameden Ould Ichiddou, Mohamed Ahmed Ould El Hadj Sidi.  

Le premier camp, après avoir constaté son discrédit auprès des détenus et de leurs familles, s’est introduit, parmi les clients, par l’intermédiaire des notables tribaux qui tentent de sauvegarder des positions personnelles dans le système. C’est ainsi qu’il a pu avoir accès au dossier et aux prisonniers, de manière prioritaire, avec le concours du Directeur de la Sûreté de l’Etat, le très sinistrement dénommé Deddahi Ould Abdallahi, par ailleurs cousin du Colonel Ould Sid’Ahmed Taya. Cette intrusion enfantera, l’on s’en souvient, la sortie médiatique à peine concevable, desdits avocats, qui démentaient l’usage de la torture contre les militaires et civils en instance de procès.  

Le second acte consistait, par des menaces fermes de porter atteinte physique à son épouse, ses enfants et l’ensemble de sa famille, à forcer le Commandant Saleh Ould Hanena aux pires dénonciations, contre des pays étrangers et des personnalités de « l’opposition légale », en l’occurrence Ahmed Ould Daddah, Mohamed Khouna Ould Haïdallah et Cheikh Ould Horma, comme financiers ponctuels de l’organisation de résistance armée, les Cavaliers du Changement. Ainsi, les deux derniers, en dépit d’une invitation officielle, furent privés de se rendre, le 9 novembre, au séminaire Mauritanie du Parlement Européen.  

Cet acte se joue, actuellement, sous l’instigation directe du Directeur de la Sûreté de l’Etat ; les messagers de celui-ci et outils conscients de sa manœuvre sont deux avocats indicateurs de la police politique et adhérents du PRDS, parti au pouvoir : Il s’agit de Sidi Mohamed Ould Maham, autre cousin du Chef de l’Etat et Secrétaire Général du Barreau acquis au régime et de son collègue Yahya Ould Abdou, membre de la même entité illégitime. Le premier est originaire d’Atar, le second de Boutilimit. Le même groupe avait agi, exactement ainsi, lors des arrestations, en 2003, des islamistes modérés, des putschistes présumés et des compagnons de Mohamed Khouna Ould Haïdalla. Après chacune de leurs visites aux détenus, ils en remettaient le résultat à l’accusation, rendant ainsi caduc le principe de la distinction entre les deux ordres, que seuls ignoreraient les tribunaux staliniens et ceux des Talibans.  

Tous deux se prévalent d’avoir été introduits et recommandés, dans l’intérêt de Saleh, par l’honorable Maître Hmahalla Ould Regad, pourtant reconnu pour sa probité. Il avait d’ailleurs été arrêté et durement traité, plusieurs fois, au lendemain de l’insurrection avortée du 8 juin 2003.  

La même méthode de chantage est appliquée aux autres détenus et à leurs familles, avec la complicité, parfois active, de leurs parents encartés au PRDS. Elle se fonde sur un argument classique sous les dictatures : «  si le détenu nous confie sa défense et déclare que nous lui proposons, il en sortirait indemne, parce que nous sommes du pouvoir, pas comme ces avocats de l’opposition qui sont grillés et n’ont rien à négocier. » 

Seulement voilà, ces prétendus conseilleurs agissent sous les ordres de l’appareil sécuritaire et serviront, en dernier ressort, ses intérêts.  

Enfin, il est remarquable que toute la famille de Saleh Ould Hanena s’est mobilisée derrière l’équipe des défenseurs habituels des prisonniers et exprimé son refus de céder aux offres d’ «arrangements » prodiguées par les parents affiliés au PRDS et les avocats supplétifs de la police politique. Ainsi, sont désormais choisis par l’épouse et les frères du Commandant Saleh Ould Hanena, Maîtres Brahim Ould Ebety, Yacoub Diallo, Moctar Ould Ely, Yarba Ould Ahmed Saleh,Ahmed Salem Ould Gah, El Hacen Ould Moctar et Mohameden Ould Ichiddou.   

La lutte d’influence des Services Spéciaux mauritaniens prend, dans cet épisode, une tournure inédite ; entre le Commissaire principal Deddahi Ould Abdallahi (police politique), le Colonel Aïnina Ould Eyih (Contre-espionnage) et le Colonel Ely Ould Mohamed Fall (direction générale de la sûreté), la rivalité professionnelle a, pour terrain, les éléments devant servir au procès du 21 novembre prochain : preuves, aveux, procès verbaux. L’importance de la collecte déterminera la recomposition des privilèges au sommet de l’Etat.  

Nous sommes conscients que la publication de cette information nous aliénera encore plus les chiens de garde et les gardes-chiourmes ; nous en avions déjà pris notre parti et assumons pleinement ce choix. Saleh Ould Hanena et ses compagnons d’honneur incarnent le réveil et la mue d’un peuple aplati à force de piétinements et d’humiliations ; tenter de le vendre à Deddahi Ould Abdallahi, comme une vulgaire monnaie d’échange tribal, mérite toutes les résistances.