Tous ceux qui marquaient du scepticisme sur la pratique de la torture en Mauritanie devraient lire ce compte-rendu courageux, de Maître Brahim Ould Ebetty, en date du 25 octobre 2004 ; reste à définir, absolument, l’identité des exécutants. Les instigateurs sont connus. Des actes d’une telle gravité, commis APRES l’adhésion de la Mauritanie à la Convention de New York contre la Toture, les Traitements Humains et Dégradants (1984), ne peuvent être commis, avec récurrence, sans l’aval du sommet de l’Etat.
Les mauritaniens doivent savoir les noms et les lieux de résidence des tortionnaires et des commanditaires, ne jamais les oublier.
Ce jour 25/10/04, j'étais à la prison de WAD NAGA pour une séance de communication avec les militaires et civils déposés depuis le 20/10/04, il s'agit de ceux déférés devant le procureur pour ne pas dire que c'est le procureur qui a été déféré devant eux parce que déposés en prison,le procureur s'est rendu chez eux pour les interroger, je me suis alors rendu à WAD NAGA en compagnie de quelques ténors de notre barreau et ce après plusieurs tentatives aux fins de communications avec les détenus qui sont restées vaines.
A notre arrivée ce jour, nous avons pu parler et pour la première fois avec quelques uns de ces détenus - la rigidité de l'application des consignes militaires en matière de règlement de cette garnison transformée en prison pour la circonstance rend les conditions de la visite très contraignantes et devant prendre fin obligatoirement à 16 h GMT . En dépit de cette rigidité et la discipline militaire de fer substituée au régime des prison, nous avons pu nous entretenir avec certains des détenus qui nous ont parlé le visage dévoilé de la pratique de la torture effectuée à grande échelle pendant leur séjour à l'école de police et par les policiers. C'est ainsi que les traces de ces tortures sont là encore et risquent d'entraîner des séquelles très graves si des traitements ne sont pas effectués et de toute urgence par des médecins indépendants et choisis par les détenus ou leurs familles.
Ces traces apparentes font que certains membres du corps ne peuvent jouer leur rôle habituel, ainsi les mains, les poignets, les pieds ne sont plus sensibles à quoi que ce soi , au fait le type de torture pratiqué consiste à laisser la personne suspendue à l'aide de ses mains et ses pieds enchaînés à une barre de fer en laissant le corps flotter jusqu'à l'évanouissement et pendant que la personne est suspendue les coups de matraques et de fils de fer s'abattent sur toutes les parties de son corps.
Ces séances ont été effectuées pour plusieurs détenus et en plusieurs séances ce qui est important c'est la description de ces tortures par les détenus avec courage et lucidité et sans considération de leurs geôliers en plus de ces pratiques de tortures à l'école de police, certains détenus sont encore soumis aux régime des chaînes aux mains et aux pieds 24/24 et dans une cellule où le détenu est isolé. Il s'agit notamment de SALEH OULD HANENA et ABDARAHMENE OULD MINY.
Le but de cette note n'est pas de donner pour le moment toutes les informations sur les tortures mais seulement de - s'inscrire en faux contre tout propos contraire parce que la pratique de la torture ne peut pas être niée, parce que devenue une réalité cruelle que décrit avec clarté, lucidité et courage le détenu - la dénoncer et agir pour sa fin en Mauritanie parce qu'il s'agit là d'une action hautement bénéfique pour notre pays et ce par la fin de la garde à vue au secret et l'instauration de la présence de l'avocat dès l'arrestation comme au Sénégal et au Mali . Je reviendrai vers vous pour d'autres informations dans le cadre de cette chronique que j'inaugure contre la torture en Mauritanie.
Me Brahim Ould Ebetty
Avocat à la cour