Nous attendons. Quoi au juste ? Personne pour répondre. Pourtant nous faisons tous le même constat : blocage politique, marasme économique, régression culturelle, fractures sociales, obscurcissement des perspectives… En aparté, ministres et hommes du système n’hésitent pas à faire la confidence et à poser la question que chacun se pose : où allons-nous ? Et personne pour répondre.
La classe politique refuse de prendre ses responsabilités. Tandis que la rumeur et l’incertitude s’installent. Accentuant le désarroi général. Dans cette atmosphère délétère, parler de transparence et d’assainissement est une aberration. Qui voit-on engager une «opération mains propres» ? Le gouvernement de Me Sghaer Ould M’Bareck ? Mieux vaut en rire. Alors ?
L’affaire touchant quelques fonctionnaires du développement rural est révélatrice à plus d’un titre. Au début était la volonté d’un arrivant–Ould Falili, nommé en juin ministre du développement rural – pour «pister» toutes les sources. Parmi ces sources, quelques projets liés au plan d’urgence. Il s’agissait en passant d’accabler son prédécesseur et de se donner bonne conscience. Ce n’est donc pas «une nouvelle vision», encore moins «une nouvelle approche» de la gestion de la chose publique. Sinon pourquoi ne pas pister les 17 à 18 milliards du plan d’urgence maintenant que l’on semble reconnaître que cela a été un fiasco ?
Pourtant c’est l’occasion de faire porter la responsabilité de l’échec à des prédateurs avérés.
Il est vrai que cela demande un grand courage politique. Et le courage nécessite l’assurance et la confiance en soi et en son système. Le Président Ould Taya ne peut être sûr ni confiant en un système qu’il a lui-même mis en place sur des bases biaisées et qui l’a trahi à maintes occasions. Il ne peut donc engager la campagne d’assainissement tant attendue. Parce qu’il est pris en otage par les acteurs de la machine. Parce que les prédateurs géniteurs de la machine à avaler le bien public, sont l’ossature du système. Il ne peut d’ailleurs en être autrement dans la mesure où la confiance n’est accordée en général qu’aux escrocs les plus patents. Alors ?
Les informations distillées à travers les salons et même la presse ne sont que des rumeurs. Rumeurs entretenues par les ennemis des uns et des autres. Le gouvernement actuel ne peut avoir aucun mérite. Et il ne peut prétendre à plus de compétence, ni plus d’intégrité que celui qui l’a précédé. Quand il a été composé au lendemain d’une élection où tous les espoirs de changement étaient nourris – par l’ensemble de la classe politique -, nous avons tous craint pour l’avenir. Et nous avions raison. La pénurie est là avec les queues aux abords des stations. Les prix ont connu une flambée extraordinaire. Et la crise s’installe. Le pays semble vivre hors du temps après s’être retiré de l’espace qui est le sien. Pendant ce temps les responsables sont occupés à se faire la guerre. Les derniers à être nommés enfoncent leurs prédécesseurs auxquels ils reprochent d’avoir tout pris. Et c’est la guerre des clans qui ronge les énergies présentement. Rien qui concerne le salut du pays. Ni son intérêt.
...Quelqu’un – un grand esprit de ce pays – me rappelait l’autre jour que «l’Emirat des Ehl Amar Ould Eli du Trarza a pris fin avec l’apparition de l’âmkubull (tribut versé par les Français), la chefferie des Awlad M’Barek a connu la décadence avec le versement des mêmes avantages par les compagnies commerciales coloniales…» Je devais comprendre que les prébendes sont un facteur de déstabilisation pour tout pouvoir. D’où les risques que font courir les prédateurs actuellement à la Mauritanie.
MFO