ATTAQUE EN MAURITANIE: OULD TAYA JOUE AVEC LE FEU

Conseil de sécurité autour du Chef de l'Etat, le Colonel Ould Sid'Ahmed Taya, juin 2005

 

LES FAITS 

Dans la nuit du vendredi 3 juin 2005, un cantonnement mobile de l’armée mauritanienne, proche de la frontière avec le Mali et l’Algérie, à environ 400 km au Nord-Est de la ville minière de Zouerate, est attaqué, par quelques dizaines d’assaillants, en véhicules tout terrain, armés de mitraillettes. Le nombre des militaires assiégés dépasserait la centaine. Quelques éléments- pas tous- ont voulu opposer de la résistance, d’où des échanges nourris de tirs, lesquels se sont soldés par 15 à 50 morts et environ 20 blessés. Peu de temps après, les assaillants ont maîtrisé toute la base, y compris le dispositif des télécommunications.  

Pendant la nuit, les vainqueurs ont vidé les magasins d’armes, pour en déménager le contenu, dans des camions préalablement stationnés à proximité ; leur butin s’élève à : 

- Quelques véhicules militaires ;

- toutes les armes, lourdes et légères ;

- toutes les munitions ;

- tout le matériel de transmissions ;

- toute la réserve en carburant et eau 

Après avoir incendié des véhicules de transport, ils se retirèrent, au lever, sans laisser traces de leurs éventuelles pertes humaines ou matérielles. Les communiqués du Ministère mauritanien de la Défense et de l’Armée leur attribuent un bilan de 5 à 9 morts.  

Plusieurs militaires de la base manquent à l'appel ;  certaines sources commencent à envisager des défections, aux côtés des insurgés, avant et pendant les opérations.  Cette thèse de la complicité s’appuie sur la disparition simultanée d’officiers et hommes de troupes, que les autorités mauritaniennes supposent prisonniers.  

Le Pouvoir de Nouakchott trahit une agitation inédite et une incertitude quand aux dispositions d’urgence ; à ceux qui réclament le renforcement du front Nord, d’autres, notamment dans l’entourage immédiat du Chef de l’Etat rétorquent le risque d’une manœuvre de diversion préparatoire d’une intervention à Nouakchott.  

Les rescapés -  parfois retrouvés en chaînes - témoignent que les acteurs de ce siège ont agi sans précipitation, avec professionnalisme et une certaine confiance ; ils n’ont égorgé personne, contrairement aux rumeurs et sous entendus diffusés par les Mukhabarat de Nouakchott. Quelques trafiquants de cigarettes, croisés par les assaillants durant leur repli, se seraient fait confisquer leurs téléphones satellitaires Thuraya ; seuls témoins de la chose, ils assurent que les rebelles parlaient Hassaniya et d’autres dialectes, dont le Ajmi (parler Touarègue).  

Le détail mérite une attention particulière, au moment où les Services de Sécurité de Nouakchott tentent de créditer la thèse d’une opération des groupes salafistes algériens, que des années de traque  conjuguée par le Mali, l’Algérie et les Etats-Unis ont pratiquement anéanti, depuis un an. Il leur est pratiquement impossible de se déplacer, en nombre et matériel si imposant, sans faire l’objet d’une détection immédiate, dans une zone quadrillée par les patrouilles conjointes de plusieurs Etats, ainsi qu’un centre américain de télécommunication et d’écoutes, près de Tamanrasset.

Les seules unités encore actives dans cet espace sont sous l’autorité de Mokhtar Belmokhtar dit Belaouar (le borgne), un trafiquant rallié au GSPC puis émancipé de cette tutelle, depuis que le Pouvoir mauritanien, dès 2003, lui permit refuge et base de repli, en contrepartie d’une promesse de coopération dans la traque des Cavaliers du Changement, son opposition armée.  

L’on se souvient qu’alors, cette mission sensible avait été confiée au Chef d’Etat major national de l’époque, le Général Ould Boukhreiss, aujourd’hui à la retraite. Il importe de préciser que l’essentiel de l’équipement militaire du GSPC provient de la revente des stocks des armées de Mauritanie et du Mali. Seul ce dernier a pu démanteler sa part dans la filière d’approvisionnement.  Les éléments de Bellaouar se seraient manifestés, pour la dernière fois, début janvier de l’année courante, par une embuscade contre des militaires algériens, sur une route proche de Biskra, à 450 km au sud d’Alger.  

En revanche, il est certain que Belaouar entretient des rapports obscurs avec les Services de Sécurité mauritaniens. Son concours éventuel à l’opération soulèverait, pleinement, le soupçon d’une entente tacite avec certains milieux dirigeants de notre pays. Le doute persiste d’autant que les autorités datent les faits du Samedi, alors qu’il s’agit bien du vendredi, la première alerte ayant été paradoxalement donnée par le contrebandier Ould Ntahah, un cousin du Chef de l’Etat Ould Sid’Ahmed Taya. Autre détail étrange, les secours n’arrivent sur place que le dimanche, à midi, d’où le nombre élevé des victimes ; qui avait intérêt à cette période de battement, propice à favoriser la dissimulation des traces et la fuite ? Il est tout aussi étonnant que le Chef d’Etat Major de l’Armée ne se soit rendu sur les lieux. Enfin, la dernière interrogation mérite analyse : l’unité victime a-t-elle envoyée, à son insu, vers un piège, loin de toute attache ? La question du retard de la réaction et celle, conséquente, de la falsification des dates prennent, ici, un relief particulier.  

Pour l’instant, la version des autorités mauritaniennes ne comporte aucune indication digne de crédit. L’incertitude reste entière, au moment où le Pouvoir du Colonel Ould Sid’Ahmed Taya s’efforce d’obtenir un minimum de faits sur quoi s’appuierait sa « guerre contre le terrorisme ». La pistes d’un montage provoqué ou d’un acte de banditisme, de la part de trafiquants lésés, ne sont toujours pas à exclure.  

Le communiqué, en Arabe, sur le site du GSPC, revendique certes l’action mais dans un style approximatif : il cite des informations recueillies, « selon certaines sources », un style un peu désinvolte, de la part des prétendus instigateurs : http://www.jihad-algerie.com/; les connaisseurs du mouvement disent leur scepticisme quand au bien fondé de ces prétentions.

 

LE CONTEXTE 

Il importe de rappeler que ces troubles graves interviennent après l’attaque, en avril dernier, de la brigade de gendarmerie d’Aïoun. Les exécutants échappèrent, alors, aux poursuites.  Le pays traverse une grave crise politique et sociale, que le Pouvoir tente d’imputer aux musulmans réformistes, dont les personnalités emblématiques croupissent en prison ; ils y poursuivent une grève de la faim illimitée, afin d’obtenir l’amélioration de leurs conditions de détention. La torture s’est généralisée dans les commissariats de police de Nouakchott, où les prisonniers d’opinion demeurent dans l’isolement intégral.  

Le 2 juin, Zeïnabou Mint Youssouf, descendante d’esclave (Hartaniya) proche de cette obédience, décède, après deux jours de coma, suite à une sévère molestation de la part de policiers ; ceux-là l’ont interpellée, à cause du hijab qu’elle portait; enceinte, elle perdra son enfant, à l’hôpital de Nouakchott, en dépit d’une tentative de césarienne. Une autre sympathisante de ce courant, née d’identique origine, Fatimetou Mint M’Bareck, est toujours détenue, pour les mêmes motifs de singularité vestimentaire.  

Depuis l’échec de la tentative de putsch du 8 juin 2003, la Mauritanie s’enfonce dans l’instabilité et les procès politiques. La proximité de la date anniversaire avec l’événement du jour semble susciter l’intérêt des observateurs.

 

NOTRE POSITION 

Pour Conscience et Résistance, le régime mauritanien, en plus de son illégitimité structurelle, est responsable de cette évolution prévisible vers le désordre. Son obstination à provoquer des troubles religieux dans le pays, suit un cours nettement volontaire, dont le tout sécuritaire est la finalité. En conséquence, et quels que soient les auteurs de ceux-ci, les évènements sanglants du 3 juin ne sauraient, en aucun cas, relativiser l’urgence du changement au sommet de l’Etat. Nos officiers et hommes de troupe ne doivent commettre l’erreur de se sacrifier pour maintenir l’autoritarisme, l’impunité, le népotisme et la torture, encore moins servir de bouc émissaire aux choix aventureux du Pouvoir. D’ailleurs, à travers l’allocation très inégale des moyens, il n’échappe aux cadres de l’institution militaire que la sauvegarde de l’intégrité du territoire passe après la sécurité du noyau dirigeant ; le suréquipement des fameuses troupes d’élite et leur concentration dans le périmètre de la capitale dénote, face au dénuement et à la clochardisation des troupes régulières. Sur l’ensemble des morts, blessés et disparus du 3 juin, il n’est aucun membre de la tribu du Chef de l’Etat. Ceux-là, dont les privilégiés que les « hasards de l’affectation » préservent du péril. Pour leur confort tombent, ainsi, les fils d’une Mauritanie qui se décompose, sans rémission. 

Au moment où le réflexe de l’opportunisme entraîne le pullulement des projets de motions et d’appels à manifester en faveur du statu quo mauritanien, les partis d’opposition et organisations de la société civile se garderont, prudemment, de prendre un parti hâtif, dans un enjeu aussi malsain. Entre la violence de Ould Sid’Ahmed Taya et celle des entités terroristes, il n’y a aucune pertinence à choisir. Le premier provoque les les seconds et s’en sert pour durer. C’est un jeu de dupes où les démocrates perdent, toujours.  

L’ennemi principal de la Mauritanie est intérieur, voici un constat qui n’a pas besoin de preuves spécifiques: il s’agit du Chef de l’Etat, de sa parentèle et de leur entourage de tortionnaires. Ils incarnent la source primitive de notre faillite. La continuité de ce règne concentre la seule menace structurelle à la paix et à la stabilité, dans notre pays et sur ses frontières. Les neutraliser, définitivement, représente, plus que jamais, la nécessité vitale du moment.

 

Conscience et Résistance                                                                                                                       Juin 2005

 

Dessous, les liens correspondants au sujet :

http://www.conscienceresistance.org/nord_mauritanie.htm

http://www.conscienceresistance.org/derive_dangereuse.htm

http://www.conscienceresistance.org/shalom.htm

 

Ecouter, aussi, les spots de Radio France Internationale de juin 2005 concernant l'attaque :

Anlyse Lemghaiti: 1:17:3

GSPC Lemghaiti 1:37:7

Doutes sur les auteurs en Algérie 1:38:6

Le meurtre de Zeinabou mint Youssef:Nouakchott nie 1:15:6