Le Manifeste des Justes
Charte fondamentale de Conscience et Résistance
De 1960 à 1987, ces pesanteurs négatives ont différemment marqué l’histoire de la Mauritanie. D’après l’éducation et la personnalité des gouvernants, certaines s’atténuaient, d’autres prenaient de l’ampleur. Globalement, le coup d’Etat du 10 juillet 1978, malgré ses promesses, marque l’irrépressible déclin du civisme et consacre l’immersion des élites, puis de la population entière, dans le potentiel anti-démocratique de notre authenticité. D’ailleurs, la dégradation actuelle de la moralité prouve l’exceptionnelle simultanéité des neuf constantes. Leur conjugaison démontre, aujourd’hui, l’aboutissement d’une mentalité homogène, la permanence d’une espèce d’invariant psychologique qui transcende la barrière entre privilégiés et exclus : c’est le consensus réel, par opposition au consensus normatif-celui dont les multitudes se réclament et s’y soustraient cependant. A défaut d’une alternative, même par velléité, cette synthèse catastrophique mène à l’avortement de l’entente dans la cité. Les signes précurseurs de la déconfiture imprègnent, déjà, toutes les manifestations de la vie, à l’intérieur de l’espace mauritanien. Quasiment, à l’insu de nos compatriotes, le dépérissement se déploie en lenteur, amnésie et régularité. Ainsi, jusque dans ses fondements, l’infrastructure de la concorde s’effrite, sans contrecoup ni alerte.
1- Depuis 1979, avec une nette aggravation entre 1987 et 1991, l’unité du pays, dans son acception volontaire, perd toute signification. En dessous du discours englobant, que les élites tiennent encore par habitude, l’écrasante majorité de nos compatriotes, perçoit, dans la coexistence, l’artifice d’une addition d’intérêts irréductibles. La confiance mutuelle, faute d’être nourrie dans les faits, ne caractérise plus l’existence de la Communauté. Les mouvements nationalistes exacerbent ce constat.
2- Jusqu’au paroxysme, les appétits despotiques conduisent à des excès criminels. La répression des opposants provoque le châtiment de masse ; punir déborde, désormais, la coercition légale. Les modalités de la sanction solidaire impliquent des représailles à l’encontre des proches et probables soutiens du dissident. Elles vont, de la privation de pain à la tuerie. De telles dérives risquent de prévaloir dans toute tentative d’alternance qui enfreindrait le suffrage universel.
3- Les pressions matérielles, l’emprisonnement, la torture et l’assassinat ressortissent de la réaction privée du dirigeant contre ses détracteurs. A cet égard, l’impartialité de la loi est rarement sollicitée, d’où la criminalisation de la politique quand elle remet en cause les privilèges.
4- L’Etat n’arbitre plus la compétition des calculs particuliers. Ni les tribunaux, ni l’administration territoriale n’assument leur statut de neutralité. Ils servent et considèrent de leur devoir de servir le maître du moment, voire de prêter allégeance à ses proches.
5- Le caractère patrimonial de la puissance publique justifie la prolifération des circuits vénaux dans le lien entre gouverné et gouvernant. Le premier achète son droit ; la satisfaction gratuite de celui-ci devient l’exception.
6- Dans la hiérarchie des repères d’élévation sociale, la solvabilité et la compétence s’estompent face à la prééminence de la faveur. A cause de sa généralisation progressive depuis la fin des années 1980, cette perversion assoit une réalité, d’usage dans tous les circuits d’échange : l’économie marchande, la diplomatie, la magistrature, l’enseignement, la santé et la quasi-totalité des services de l’Etat fonctionnent selon la rationalité du trafic d’influence.
7- La morale, en tant que mode de positionnement individuel et recours à des références supérieures, où s’ancre l’exemplarité des mœurs, n’est plus le critère avéré de la valorisation subjective ; les élites dirigeantes, ayant plutôt confirmé la preuve retentissante de leur cynisme, la rhétorique du ventre, les ruses avec la conscience, l’égoïsme, les faux-semblants et l’apolitisme se substituent aux valeurs d’intégrité et de solidarité avec l’Autre.
8- Plusieurs générations n’ayant connu que l’ère du pourrissement moral, l’espérance s’avère en perte de crédit. En raison de l’inégalité des chances et de son ampleur, la révolte courante et le désarroi, surtout au sein de la jeunesse, s’expriment par l’exil et la démission. Le présent de la Mauritanie ne suscite plus de perspectives viables pour les forces vives.