Le Manifeste des Justes
Charte fondamentale de Conscience et Résistance
LES FINS
La genèse de l’Organisation exprime l’exigence d’une rupture positive, d’avec le renoncement de nos élites face au procès de délitescence : notre credo s’ordonne autour de l’épanouissement individuel et de la prospérité, à l’intérieur de l’espace mauritanien. Ses réalisation et consolidation sont poursuivis, sans trêve. C’est au prix d’un élan audacieux et soutenu vers la Liberté, l’Egalité et l’Humanité que nous parviendrons à enraciner, dans les comportements et les esprits, la rencontre de l’éthique et de la volonté. Aucune situation, aucun risque d’impopularité n’autorise de répit à notre quête de mieux-être collectif. A cette fin, l’Organisation, en vertu de sa vocation supra-nationale, s’ouvre aux apatrides et ressortissants de tous Etats.
A / Court et moyen terme
1- Mettre un point définitif aux usages de l’impunité et de l’auto-amnistie, deux abus qui entachent, indûment, le service de l’Etat : désormais, les fautes lourdes de gestion, ainsi que les crimes perpétrés par les agents publics, dans le champ de leurs attributions, relèvent du droit commun. Dans ce cadre, les actes de torture et les meurtres, visant des mauritaniens sont imprescriptibles. Hors l’état de guerre ou la réquisition commandée par les besoins de défense du territoire, les mêmes faits, commis sur des étrangers, relèvent d’une procédure identique.
2- Eriger la République sur l’adhésion explicite des forces armées et de sécurité : celles-ci servent l’Etat, dissuadent toute inclination autoritaire, et pourvoient à la sûreté de tous. En aucun cas, elles n’usent de brutalités contre des manifestations pacifiques. Ces devoirs, qu’un serment solennel rend impératifs, s’appuient sur la vigilance dans le recrutement des troupes et leur formation au respect de l’Humain. Toutefois, devant la confiscation de la légitimité, le soulèvement militaire, en tant que brève modalité de restauration du pluralisme, répond à une urgence quotidienne.
3- Œuvrer à l’autodétermination des mauritaniens : lors de toute crise majeure dans la cohésion du pays, le débat, ensuite la consultation électorale, permettront, à nos compatriotes, de se prononcer, en toute transparence et sans limitation de perspective, sur leur avenir. Par l’alternative démocratique, les enjeux décisifs, tels le modèle de l’Etat, l’organisation administrative, la Constitution, le compromis culturel et les symboles en vigueur, sont à redéfinir. Jusqu’ici, ces acquis artificiels ne tirent leur validité que de notre accession à la souveraineté en 1960, elle-même un fait accompli. Désormais, l’accord originel, où se vérifie la pérennité même de la Mauritanie, se subordonnera à l’assentiment franc des populations. La révision du statu quo demeure, pour demain, une assurance capitale de viabilité.
4- Mobiliser, à leur intention exclusive, un plan d’émancipation des esclaves et affranchis : de toute évidence, cette contradiction historique concerne l’ensemble des ethnies, y compris négro-africaines, et marque encore la mémoire de caste dans tout le Sahel. Elle précède l’Islam et y survit, malgré, sa volonté d’y mettre un terme, mobilisant d’ailleurs de fausses justifications dans des lectures despotiques du Coran et de la Sunna. Cependant, son processus de résorption s’avère bien plus tardif au sein de l’environnement Maure. En effet, la question de l’esclavage contemporain renferme, à travers l’asservissement et les frustrations, une puissante charge insurrectionnelle dont l’explosion semble programmée. D’abord, hors de toute censure, au cours d’un débat national destiné à guérir le maître et l’esclave de leurs complexes jumeaux, une instance autonome, en établit le diagnostic. Ensuite, avec le concours de ses partenaires, la Mauritanie affectera, les moyens requis à la réhabilitation des victimes, immédiates et indirectes, de ce crime. L’esclavagisme est spécifié par le texte pénal, les codes de procédure et la législation du travail.
5- Instituer l’appropriation individuelle et définitive des terres : au profit des exploitants autochtones, la tenure traditionnelle sera abolie. Pour éviter les usurpations obliques, sous l’effet de la spéculation foncière, les gens du terroir, engagés dans un rapport concret à l’agriculture, bénéficieront de clauses de sauvegarde et de soutiens préférentiels à l’investissement. Les surfaces, durablement tombées en déshérence, appartiennent au domaine public.
B/ Taches structurelles
1- Travailler à l’éclosion d’une contre-culture du volontariat et de la responsabilité personnelle : le salut général et le souci de sa primauté impliquent, de notre part, un activisme sans échéance, tant il est vrai que tout arrêt ou pause, dans la dynamique des mutations, tourne à l’avantage des fractions hostiles au mouvement. Dans la revendication et l’invention des lendemains meilleurs, il nous revient de conduire les initiatives et d’exiger le maximum de résultat, ici et maintenant. En tant qu’avant-garde, foncièrement affranchie des servitudes électorales et des obligations d’un parti de masse, notre rôle d’aiguillon de la modernité et de promoteur d’une éthique du respect de l’Homme se déploiera d’autant. Nous observerons une vigilance spécifique envers la spontanéité de la foule, lieu de surenchère populiste et de démagogie. L’Organisation suscite les rassemblements de masse, les canalise et contrôle mais, à aucun moment, ne cède aux débordements grégaires. Compte tenu de l’ascendant des mentalités réactionnaires, jusque parmi les groupes objectivement intéressés au progrès, nous oeuvrons à déraciner celles-ci, en y suscitant la contradiction, le doute et la discorde. Quelle que soit leur audience, toutes les valeurs anti-humanistes constituent la cible de notre tâche de persuasion. Sauf contexte exceptionnel de la tyrannie, l’offensive contre le bloc conservateur, s’exprimera, cependant, dans la paix civile.
2- Promouvoir l’Etat de droit centralisé, comme cadre unificateur : sans un minimum d’uniformisation et le recours, accepté par tous, à des règles, de portée horizontale, la cohésion de la Mauritanie n’échappera à la précarité. Les réflexes de discrimination, la diversité des ethnies et la prégnance du tribalisme posent problème, à la puissance publique, théorie et réalité indistinctes. Ces facteurs centrifuges se révèlent d’autant moins compatibles, avec l’intérêt général, qu’ils traduisent la mémoire la plus authentique d’un système de pensée et d’attitudes où prévaut le dénivellement. La liberté de l’individu et l’égalité des chances y restent des représentations marginales. Aucun de ces concepts ne correspond, dans notre mémoire, à un critère incontesté. Or, le pluralisme, autant que l’entrée dans la globalisation techno-médiatique commande, aux mauritaniens, d’oser, sur leur propre fonds mental, un travail d’analyse critique, afin de se défaire des symboles et comportements qui freinent les espoirs de la majorité. Neutre et irréductible aux particularismes, l’Etat unitaire réunit les préalables à une décision rationnelle.
3- Reconstruire l’effectivité et le prestige des institutions : dans un milieu aussi anarchique et rétif aux évolutions par le bas, le rétablissement d’une souveraineté crédible présuppose que celle-ci satisfasse aux demandes de solidarité. Ce minimum de présence requiert, de l’Etat, la réglementation de la libre entreprise et la lutte contre l’hégémonie tribale, de caste et de classe. L’impératif comporte, aussi, une grande sévérité dans le recrutement des agents publics. Au début et à la fin de leur activité, ils sont astreints à une déclaration de patrimoine. Les notions de moralité, de compétence et de zèle, dans la fonction, impliquent aussi une observance systématique des règles du châtiment et de la récompense. Une saine conduite des affaires collectives suppose la permanence, à tous ses niveaux, du principe de la promotion par le mérite. De toute évidence, pareil objectif soulèvera l’incompréhension, voire l’animosité des clans habitués aux privilèges que produit l’esprit de corps, la corruption et la gabegie. Toutefois, sur cette stipulation expresse, aucune concession ou relativisation n’est tolérable.
4- Placer la préoccupation permanente de l’écologie au centre des processus d’évaluation et de mise en œuvre des politiques publiques : au risque de ralentir la production de richesses vouées aux abus du consumérisme, l’essor humain et économique sera subordonné à la conservation et à la gestion durable de l’environnement. Parce qu’ils recèlent des causes de cataclysmes et de ruine, les problèmes de régulation démographique, de flux migratoires et de pression sur les ressources naturelles prescrivent une concertation soutenue avec nos voisins. La maîtrise de ces questions de survie excède l’étroitesse du périmètre national. A ce titre, nous recherchons, activement et jusqu’au-delà de nos frontières, l’appui et l’expérience d’alliés indépendants, dont la vigilance a fait ses preuves, face à la mondialisation, contre les excès du libéralisme et les périls de la rentabilité de court terme. Cet élan cosmopolite illustre les contours philosophiques de notre projet.
5- Intégrer la Mauritanie à son environnement immédiat et l’ouvrir au monde : notre pays est tiraillé à la confluence de deux sphères stratégiques, le Maghreb arabe et le Sahel soudanien. A cause de notre dualité ethno-culturelle, le dilemme a souvent servi de vecteur aux polémiques sanglantes autour de l’identité. Il a fini par se confondre avec elles, occultant, alors, les potentialités de développement que cette intermédiation nourrit. N’ayant d’autre déterminisme que l’épanouissement des mauritaniens, nous cultiverons, dans les deux aires, des rapports d’échange, exempts de toute considération passionnelle. Notre degré de participation et de proximité, dans tel ou tel espace de coopération régionale, s’adaptera à la seule poursuite du mieux-être pour nos compatriotes. Ainsi, sans renier notre empathie avec les causes justes, la Mauritanie s’interdira d’intervenir dans les conflits armés dont un Etat voisin serait le théâtre. Partout ailleurs, notre diplomatie s’emploiera à obtenir une qualité de reconnaissance et des assurances de sécurité, suffisamment crédibles pour préserver nos frontières. Ainsi, nous réduirions un effort militaire d’autant plus inefficace et coûteux que l’étendue du territoire et sa faible densité de peuplement en compliquent la défense par les biais conventionnels. Plus globalement, en vertu de la coordination avec les gouvernements à visée internationaliste, notre politique extérieure s’investira, de manière visible et innovante, dans la propagation de l’universalisme. Contre les justifications de la barbarie, par les spécificités culturelles et le principe de non-immixtion, nous affirmons, notre attachement à l’ingérence pacifique, traduction minimum de notre Humanité. Le prolongement naturel de cette relation à l’Autre nous incite donc à entretenir, en dépit des contingences diplomatiques, des liens privilégiés avec les nations à fortes pratiques de démocratie et de tolérance. Après ratification par les représentants élus, la norme et les engagements internationaux l’emportent sur la Constitution de notre pays et toute sa législation.