Par Maître Ahmed Salem Bouhoubeyni


Le réquisitoire du parquet demandant 17 peines de mort  et plus de cinquante peines de réclusions à perpétuité  se résume à un désir de vengeance masqué derrière un  principe de justice. Ce désire peut être compris mais  il faut empêcher que la vengeance s’exerce.

L’histoire des efforts visant à établir la primauté du  droit n’est autre que celle des mesures introduites  progressivement dans l’ordre public et les recueils de  lois pour limiter le recours à la vengeance  personnelle.  Si les codes pénaux actuels n’autorisent pas à  incendier la maison de l’incendiaire, torturer un  tortionnaire, ce n’est pas parce qu’ils tolèrent le
délit commis, mais parce que les sociétés comprennent  qu’elles doivent être bâties sur des valeurs  différentes que celles qu’elles condamnent.


Pour cette cause nous devons tous nous mobiliser pour  refuser que l’Etat tue au nom de la société et  commette en notre nom un crime.  La société ne doit pas cautionner le meurtre prémédité  de ces individus sans défense.  Nous devons rejeter la justice sélective, celle qui  frappe non pas avec des règles générales et  impersonnelles qui s’applique à tous dans les mêmes  conditions mais plutôt avec des procédés  discriminatoires, véritable instrument de répression  politique.


Le droit n’est pas un privilège que les gouvernements  peuvent accorder en récompense d’une bonne conduite et  retenir dans le cas contraire.  Il ne faut pas que notre justice passe sans transition  de son impuissance aujourd’hui d’aborder le « crime »  de détournement de deniers publics, ou son impuissance  à exécuter ses décisions les plus légitimes ( une diya  de 1200 000 UM, une dette de 200 000 UM) à cette toute  puissance de décider et éventuellement d’exécuter les  décisions les plus dangereuses, les moins fondées, les  plus rejetées et les plus risquées, l’incohérence  n’échappera à personne.


Ce n’est pas là que nous attendons notre gouvernement,  ce n’est pas de la mort que nous avons besoin, la  misère tue et tuera encore davantage cette année en  Mauritanie selon le PAM, les routes tuent par manque  de politique de sécurité routière, les épidémies et  les maladies tuent chaque année par manque  d’infrastructures hospitalières adaptées et
consciencieuses.  Pourquoi sollicite t-on la justice pour tuer ? Pour  l’effet dissuasif ?

L’effet dissuasif de la peine de mort n’a jamais pu  être démontré.  Aucune étude n’a jamais pu démontrer que la peine de  mort sera une sanction plus dissuasive que d’autres  châtiments. L’analyse de systèmes juridiques  comparables montre que le taux de criminalité dans les
Etats où la peine de mort n’existe pas n’est pas  supérieur à celui des Etats où les mêmes crimes sont  punis de mort.


Avant l’adoption de dispositions normatives en la  matière, une enquête approfondie sur la pratique de la  peine de mort dans le monde avait été effectuée sous  la direction du conseil économique et social des  Nations Unies dans son rapport on pouvait lire : «  l’expérience enseigne, qu’à peu près partout les  exécutions pour crime politiques se traduisent en  général par une augmentation de cette catégorie  d’infractions. »


La communauté internationale est aujourd’hui unanime  sur le rejet de la peine de mort considérée comme  l’assassinat d’un être humain commis de sang froid par  l’Etat. La preuve en a été donnée lorsque ont été  instaurés le tribunal pénal international pour l’ex  Yougoslavie et celui pour le Rwanda. Le conseil de  sécurité des Nations Unies a exclu la peine de mort  des châtiments que ces juridictions sont habilitées à  prononcer bien qu’elles soient compétentes pour juger  des crimes extrêmement graves, à savoir les crimes  contre l’humanité et notamment le génocide et les  violations des lois de guerre. La commission
judiciaire internationale a tenu, elle aussi, à  exclure la peine de mort pour ces crimes dans son
projet de statut de la cour criminelle internationale  permanente.


Par ailleurs l’Union européenne a demandé l’abolition  universelle de la peine de mort et considère que  l’abolition de la peine de mort est l’un des  principaux objectifs politiques de l’Union dans le  domaine des droits de l’homme quelle met au cœur des  relations contractuelles qu’elle entretient avec  d’autres pays. Elle l’a rappelé régulièrement  lorsqu’un pays décide de rompre le moratoire et  procéder à des exécutions, voir la déclaration du 17
janvier 2004 pour le Liban, 11 août 2004 pour  l’Indonésie, 18 août 2004 pour l’inde.

La peine de mort n’est pas une peine dissuasive, la  communauté internationale la condamne dans un élan  sans précédent, c’est pourquoi la Mauritanie ferait  mieux de réfléchir avant de mettre fin à son moratoire  qui date de 17 années, d’autant plus qu’elle n’a pas  de justice capable de juger de façon correcte,  impartiale et équitable.



L objectif de la justice doit être la restauration du  lien social or la violence de la justice n est pas  toujours le meilleur moyen de préparer l’avenir.  Ne transformons pas la loi et la pratique juridique en  instruments de domination et d’oppression impitoyable,  au service du pouvoir, pensons plutôt a la  construction d une justice sociale, un sens commun,  une communauté crédible, un avenir retrouvé, une  société durable même si tout le monde sait que le  droit n est pas encore réalisé en Mauritanie mais  seulement sa fiction.  L’exécution est un acte violent et la violence y  compris la violence de la justice tend à engendrer la  violence.


La solution est ailleurs. Le 8 juin était l’expression  d’un malaise dans les forces armées comme il existe  d’autres malaises latents dans d’autres secteurs, il  faudra les reconnaître, les recenser, en trouver les  les causes et y remédier dans un élan de solidarité où  chacun apporte sa contribution aussi modeste qu’elle  soit.


1) En trouver les causes suppose une simple prise de conscience qu’il y’ a trop d’injustice en Mauritanie.
2) Y remedier suppose une volonté de trouver une  solution pendant que c’est possible.
3) Un élan de solidarité suppose une Mauritanie où  chacun a son mot à dire, Ahmed Ould Daddah, Haidalla  Ould Horma, Ould Dedew, Ould Mohamed Moussa Jemil  Mansour et bien d’autres.