
Depuis quelques jours, le fameux Comité Interministériel de transition se concerte, à Nouakchott et tente d’imposer, au futur Observatoire National des Elections, une majorité de membres dociles. L’enjeu ne manque pas d’importance, singulièrement si l’on garde à l’esprit l’énergie que déploie le Président du Conseil Militaire et son entourage, afin de s’assurer, par l’intéressement, l’intimidation et la promesse, une succession sur mesure.
Habib Ould Hemet, Ministre Secrétaire Général de la Présidence et chargé de la tutelle du Comité, mène la manœuvre, sur instruction du Palais. Le secondent ses collègues de la Justice, de l'intérieur, de la culture, de la Jeunesse et des sports, ainsi que le Commissaire aux Droits de l'Homme, à l’Insertion et à la Lutte Contre la Pauvreté.
Les quatre membres du Gouvernement se démènent afin de contrôler, de près, la désignation du principal rassemblement de la société civile, d’abord récusé par les autorités durant le référendum constitutionnel puis en voix de récupération, suite à l’insistance des partenaires extérieurs. En effet, la structure correspond à une exigence des bailleurs de fonds engagés dans l'appuis au processus électoral.
Lors d’une première réunion tenue le 6 octobre 2006 au Palais des Congrès, le Comité interministériel a convié les représentants de toutes les organisations de la société civile, des plus crédibles aux ONG porte-serviette. La majorité écrasante, avec une hypertrophie qui dépasse toute décence, réunit des spécialistes du détournement des subventions extérieures, ainsi que l’habituelle cohorte des informateurs des services de sécurité de la dictature déchue. Tout ce beau monde s’était retrouvé, ici, dans une égale détermination à témoigner, sans faiblesse, de la vérité des urnes.
Monsieur Ould Hemet ouvrit les débats par une présentation des objectifs ; le Ministre de la Justice et le Commissaire aux Droits de l'homme consentirent de brefs suppléments d’explication ; suivirent les observations de certains représentants d'organisations invitées ; il a été proposé l’adoption, par acclamation, d’une commission technique chargée d’étudier les termes de référence et de présenter un brouillon des statuts de l’observatoire National des Elections ; sous la présidence du jurisconsulte chancelant Hamden Ould Tah dont l’allégeance au Colonel Ould Taya est notoire, elle se compose de huit membres dont trois représentants du Forum National des Organisations des Droits de l’Homme (FONADH) : Maroufa Diabira, Aminetou Mint Ely et Lalla Aïcha Sy Ouédrago.
La seconde phase de la manipulation débutait le 16 octobre, dans le même décor, à l’occasion d’une nouvelle assemblée générale, aux fins d’examiner et adopter les Statuts et les Termes de Référence soumis par la Commission Technique (CT).
Durant la réunion, certains membres de la CT faisaient les va et vient entre la salle de conférence et un local y attenant où les ministres donnaient les ordres, biffaient des noms, les remplaçaient par d’autres, le tout dans un climat de conspiration, ponctuée d’apartés et de murmures malsains.
Ils tiraient les ficelles, en attendant d’être appelés à la séance de clôture où furent adoptés les textes fondateurs et connue les deux listes : des 37 membres du Conseil de l’Observatoire et celle des 7 ou 9 de son bureau de coordination.
Pour la constitution du Conseil de l'Observatoire, la CT propose le partage suivant :
- Ouléma et Imams : 2 représentants
- Cyber Forum (réseau réputé regroupant plus de 800 ONG plus ou moins fiables) : 10 représentants
- ONG droits Humains : 6 représentants
- Presse : 2 représentants
- Ordres professionnels : 3 représentants
- Syndicats, 6 représentants
- Réseau national des jeunes et des femmes (à la composition parfaitement inquantifiable) : 2 représentants, sans doute, choisis dans la rue
- ONG de développement non affiliées : 3 représentants
- Experts et personnes ressources : 3 représentants, probablement pour faire de la place à deux quelques individus inusables, dont Ahmed Baba Miské, un partisan discret du Colonel Ould Taya, par ailleurs ancien transfuge mauritanien au POLISARIO et Ahmed Ould Wafi, personnage zelé de la même école, avec la circonstance aggravante d’un racisme, clairement assumé le 31 juillet 2000, sur les ondes de la télévision Aljazeera. les deux personnages sont apparus dans la salle après que la rubrique a été rajoutée, lors d’une ultime concertation entre le Comité Interministériel et la Commission Technique.
Si le montage se déroule ainsi, l’Observatoire National des Elections se réduirait à une caisse d’enregistrement en faveur du pouvoir de transition. Avec de tels vigiles, le vol de la volonté populaire peut se dérouler en plein jour. Il ne resterait plus, du rêve de retour à des institutions démocratiques, que l’amertume d’un réveil pervers.
Hamden Ould Tah, pressenti pour diriger le bureau de l’institution se dit, lui-même, auxiliaire de l’administration. Ses actes l’attestent au-delà de toute retenue.
Ni les partis en compétition ni les partenaires extérieurs ne sauraient se satisfaire d’une si flagrante complaisance.
Conscience et Résistance Le 20 octobre 2006
Liens connexes:
Sur Hamden Ould Tah
http://www.conscienceresistance.org/demi_journee.htm
http://www.ami.mr/horizons/2005/fev/17/3917-4.pdf
Sur Ahmed Ould Wafi :
http://membres.lycos.fr/JournalRefus/actualite12.html