Au moment où les USA décident de lever tout embargo contre la Jamahiriya Arabe Libyenne, le Colonel Ould Sid’Ahmed Taya se retrouve seul, avec entre les mains, les braises brûlantes de la fausse tentative de coup du 9 août, qu’il avait imputée à Tripoli et Ouagadougou.  

La situation intérieure se dégrade, les ministres ne cachent plus leur désarroi, les fonctionnaires haussent la voix, y compris dans les bureaux, l’opinion s’attend à un saut dans le vide, les criquets sévissent, le prix du carburant entraîne la hausse des prix et la dévaluation de l’ouguiya ; l’insécurité alimentaire devient, à l’approche de 2005, une menace crédible. Les plus optimistes évoquent la thérapie d’usage, un remaniement ministériel. En revanche, personne ne semble trop croire à l’effet des rengaines de crise, comme les «réformes» et le fameux «dialogue».  

Pendant ce temps, le Chef de l’Etat reste obsédé par ses émissaires qui font désormais partie du registre de la plaisanterie dans la diplomatie africaine ; l’un d’eux osera même dire à un homologue qui le recevait, ne rien comprendre au sens de sa propre mission.  

Celui dépêché en Angola a été le plus mal reçu, tant Luanda est instruite par des opposants mauritaniens dans ce pays,  sur le caractère «ségrégationniste» du régime du Colonel Ould Sid’Ahmed Taya. Le Président angolais n’a pas daigné lui accorder l’audience sollicitée.  

D’autre part, en dépit de la publicité sur le projet d’enlèvement de Mustapha Chafi par une équipe israélo-togolaise agissant sur directives des Services mauritaniens, l’un des envoyés secrets du Colonel Ould Sid’Ahmed Taya, en l’occurrence le cinéaste Sidney Sokhna, se trouvait, le 20 septembre 2004 à Lomé, où il tente de rassurer les autorités locales qui se montrent réticentes après la diffusion de l’information.  

Le Chef de l’Etat mauritanien a, en outre reçu, au moins à deux reprises - dont une en tête-à-tête - Monsieur Noël Yaméogo, cousin et homme de main de l’opposant Burkinabé Hermann Yaméogo, fils de l’ancien Président de la Haute Volta, leader historique du RDA. Le visiteur aurait été chargé de la filature, à Ouagadougou, de Mustapha Chafi, le nouvel ennemi public numéro 1 du pouvoir mauritanien.  

Il y a 2 ans, Hermann Yaméogo, a été exclu de son parti, le ADF/RDA, pour avoir pris parti en faveur du régime ivoirien contre celui du Burkina Faso. Il sera remplacé à la tête de cette formation, par Gilbert Ouédraogo, avant de fonder une petite association politique, l’UNDD. Il circule librement à Ouagadougou.