UN SYSTEM REPRESSIF

Hier 26 janvier 2005, le procès des présumés putschistes de Ouad Naga a connu des incidents inédits, après les dernières comparution des détenus Abderrahmane Ould Mini ( capitaine ) et Sidi Ould Hraïmou ( civil ).  

Le premier s’est employé, avec pédagogie et conviction, à décrire l’une des causes du mouvement insurrectionnel du 8 juin 2003, à savoir la déliquescence des forces armées  et l’extrême injustice qui y règne encore. Ont été ainsi systématisés, avec force exemples, les ressorts du favoritisme, de la corruption et des discriminations ethno-sociales au sein du commandement et de la troupe. Le capitaine Abderrahmane Ould Mini a ajouté « ne rien regretter » ; il conclue avoir agi selon sa  foi, sa conscience et son devoir.  

Le second s’est surtout employé, avec la précision des circonstances, détails, dates et lieux, à décrire les sévices subis par lui, parfois en présence et  sous les ordres du procureur et quelquefois du juge d’instruction.  

La révélation de Sidi Ould Hraïmou a provoqué les protestations énergiques de la défense, qui n’a pas manqué d’attirer l’attention du public et des observateurs, sur la gravité de ces assertions et leur conséquence décisives quant à la suite du procès. Après cet incident, la question a pris davantage d’ampleur, lorsque, sur proposition de Maîtres Aïssata Tall et Diallo Boukounta - tous deux membres éminents du Barreau sénégalais - la défense a annoncé son intention de déclencher, soit ici, soit hors de Mauritanie, une action contre le procureur, pour faits de tortures ; cette procédure se fondera sur sa qualité de chef de la police judiciaire, sous l’autorité duquel de tels violations de la dignité humaine ont été commis.  

En quelques heures et devant l’accumulation des preuves d’atteintes graves et répétées à l’intégrité physique des détenus, le prétoire de la garnison militaire de Ouad Naga est devenu le théâtre d’accusations à charge contre le régime et son appareil répressif.  

Doivent encore s’exprimer les 3 leaders de l’opposition démocratique, le Commandant Saleh Ould Hanenna, Président des Cavaliers du Changement - dissidence armée- ainsi que quelques autres civils, inculpés dans le cadre de l’enquête sur la tentative de coup d’Etat de juin 2003 et ses avatars.  

Au total, 200 personnes et leurs proches attendent le verdict, qui pourrait intervenir, dans la précipitation, tant l’accusation et la cour criminelle du Trarza se trouvent en difficulté, depuis quelques semaines déjà.