Depuis quelques jours, le site arabophone d’informations www.alakhbar.info diffuse des photographies de détenus mauritaniens de Ouad Naga, enchaînés, cagoulés et portant des traces de sévices sur le corps.

En réaction, Monsieur Hamoud Ould Abdi, Ministre de communication et des relations avec le Parlement s’en prend aux auteurs de la publication et fustige avec force et menaces de représailles, les organisations mauritaniennes de défense des Droits de l’Homme et leurs partenaires internationaux. La violence du ton atteint, ici, un certain paroxysme, qui révèle l’ancrage structurel de la Mauritanie dans une impasse politique sans précédent.  

Le lendemain, trois dirigeants du courant islamiste modéré, sont, de nouveau arrêtés, dans le cadre de l’enquête en cours sur les allégations de tentatives présumées de coups d’Etats. Il y a moins de 2 semaines, les mêmes personnalités – Mohamed Jemil Ould Mansour (juriste), Mokhtar Ould Mohamed Moussa (ancien diplomate) et Mohamed El Hassen Ould Dedew (jurisconsulte et imam) avaient été placées en garde à vue puis libérées faute de charges.  

Parallèlement, les Services de Sécurité tentent, à travers des avocats stipendiés et certains membres de l’entourage des détenus, de les retourner les uns contre les autres et de minser ainsi le travail courageux du Collectif des avocats de la défense conduit par Maître Brahim Ould Ebety.  

On le voit donc, l’offensive est protéiforme qui s’acharne contre les dernières poches de résistance légale en Mauritanie.   

Cette dangereuse évolution nous conduit à réitérer les positions suivantes :  

1/ Conscience et Résistance renouvelle sa sympathie à tous les prisonniers de Ouda Naga, à leurs avocats et familles et demande aux mauritaniens de leur manifester le maximum de solidarité durant le procès. Notre soutien le moins réservé va à la rédaction du journal en ligne Alakhbar, qui a su rehausser la valeur du journalisme en Mauritanie.  

2/ Le témoignage face à l’arbitraire - notamment la dénonciation et la publication des atteintes à l’intégrité physique de la personne - demeure un impératif  résolument supérieur aux considérations de patrie ou d’image de la communauté nationale. Devant ce devoir, tous les autres s’effacent.  

3/ Sur la théorie générale de la violence, en particulier la doctrine du renversement insurrectionnel des régimes, seule doit prévaloir la règle de la légitimité par les urnes. En dehors d’elle, c'est-à-dire dans un contexte impunément marqué par la fraude, l’homicide à visée raciste et la pratique de la torture, les citoyens se trouvent en situation de légitime défense, celle qui accouche de la libération collective. Ils ont alors tous les droits et toutes les licences que confère la nécessité de vivre libre.  

4/ En conséquence de quoi, tout en interdisant à ses militants le port et l’usage des armes à feu - restriction catégorique dans ses statuts - Conscience et Résistance se refuse à condamner l’usage de la force, contre le Pouvoir actuel, tant qu’il ne vise pas les populations civiles. Cette réserve est d’autant plus fondée que les institutions de notre pays ne représentent plus que les intérêts d’une seule tribu.  

En conclusion, l’Organisation exhorte l’ensemble de la classe politique et de la société civile mauritanienne, à aborder cette problématique hors du discours convenu et des attitudes copiées sur les modèles démocratiques.  

La Mauritanie est une dictature, sanglante et vieille de 20 ans ; une dictature du genre se combat, sans faiblesse.