
Le 27 janvier 2005, dans la garnison militaire de Ouad Naga, le public et les avocats attendaient, depuis le matin tôt, l’arrivée des membres de la Cour Criminelle du Trarza.
Renseignement pris, il s’avéra que le Président et le Procureur étaient reçus en audience au Ministère de la Justice, afin de trouver, avec le pouvoir Exécutif, une sortie de crise au procès des présumés putschistes, dont les jours successifs ont vu se dégrader, nettement, la position du Ministère Public. Les défis politiques des accusés et l’étalage des témoignages sur la torture ont créé un renversement de tendance, au terme duquel, les appareils judiciaire et de sécurité se retrouvaient en accusation.
Dans ces conditions, il n’était plus possible d’aborder, sans précaution, l’ultime prise de parole du principal prévenu, le Commandant Saleh Ould Hanena, initialement prévue ce matin. Devaient aussi intervenir, par la même occasion, les trois leaders de l’opposition démocratique Ahmed Ould Daddah, Cheikh El Moctar Ould Horma et Mohamed Khouna Ould Haïdalla, ancien chef de l’Etat.
A 11 heures du matin, le Président de la Cour Criminelle du Trarza fait son apparition, ouvre la séance et demande un traducteur en langue Française ; il commence aussitôt un long discours, où il pourfend les « détracteurs de la Mauritanie », coupables de « nuire à sa réputation », en « invitant des étrangers », qui « collaborent avec des extrémistes à l’étranger ».
Le Président - qui ne semble pas au fait de l’anniversaire de la libération du camp nazi d’Auschwitz – a dénoncé la ressemblances des avocats avec les Juifs ; comme ceux-là, a-t-il précisé, ils dénaturent et falsifient la parole.
Son monologue achevé, il leva la séance, sans explication, jusqu’au dimanche prochain, le temps, semble-t-il, de recevoir les instructions définitives du Colonel Ould Sid’Ahmed Taya, de retour d’un voyage « présidentiel » au Mali.
Parallèlement, Monsieur Mohamed Fall Ould Oumeïre, directeur de publication de la Tribune, a été interpellé par les forces de l’ordre, convoqué au tribunal de Ouad Naga puis relâché.
Les autorités semblent réagir assez mal à la diffusion d’un éditorial commun aux trois principaux hebdomadaires francophones, que sont le Calame, l’Eveil Hebdo et la Tribune.