Ou comment rendre habitable la maison Mauritanie
Depuis le changement du 3 août 2005 et l’ « amnistie générale »1 consécutive, sans omettre les promesses et signes d’une alternance par consensus, les espoirs d’une partie de la population s’amenuisent ; maladresses, esquives et autres erreurs d’appréciation du nouveau pouvoir ont confirmé le scepticisme des élites et l’indifférence populaire, deux contretemps dont l’on sait la part dans l’incitation à l’anarchie.
La très universelle règle de la reconnaissance qu’use le temps s’impose, ici : il ne suffit pas d’avoir renversé une tyrannie pour continuer à recevoir la confiance de la multitude et mériter la faveur des initiés. L’ingratitude des foules n’épargne aucune latitude.
Prévenir cette suite de périls constituait la priorité évidente de la transition, l’article premier de son cahier de charges. Les actes conséquents relèvent, eux, d’un accommodement continu de la vision et du sens pratique. Le dessein, aujourd’hui largement déçu, reposait sur un dosage subtil d’audace envers ses pairs membres du Conseil, d’autonomie vis-à-vis des cercles conservateurs, de gestion des symboles et d’aptitude à entendre les vœux secrets de la majorité qui se tait. Le bilan invite à la modestie.
Ainsi armé, l’homme d’Etat réformateur prend des décisions risquées mais que le sentiment dominant entérine, quand elles s’appuient, légitimement, sur l’équité et l’utilité publique. A contrario, rien davantage que l’excès de prudence, ne neutralise la volonté de mieux agir ; la manie des précautions, de l’équilibrisme et des expédients dilatoires fige le désir de changement dans le souci de sa simple survie, là où le mouvement, les rectifications et la remise en cause permanente lui assureraient les meilleurs ressources ; une volonté d’assainissement qui se préoccupe trop de ne pas déplaire, abdique, déjà, son innocence et la force de son élan. En devenant lucide, calculatrice, mesurée, consensuelle, elle se vide de ses illusions vitales et entre, de plain-pied, dans l’autoconservation ; or, une durée de vie de moins de 19 mois, à présent presque achevée, ne justifiait pas une telle débauche de boucliers.
Jusqu’au bout, le CMJD n’a pas osé la dynamique de la rupture graduelle, en dehors de quoi le projet de transition mauritanien finirait dans l’inachèvement, sans emporter l’adhésion collective ni marquer la souvenance, par la valeur de l’exemple.
En prévision d’un éventuel face-à-face entre les deux protagonistes du second tour, la présente proposition, à l’adresse des deux candidats Ahmed Ould Daddah et Sidi Ould Cheikh Abdallahi, tente une approche de la nécessaire rectification de parcours.
A/ Les points de vulnérabilité
Leur cause remonte, semble-t-il, au souci, par le Conseil Militaire, de ne pas affecter les équilibres instaurés en 20 ans d’autoritarisme, alors même qu’ils résultent du meurtre, de la ségrégation, de la rapine et de la fraude, tous procédés de dissuasion pratiqués à grande échelle. En outre, les successeurs de Ould Taya paraissent trop anxieux d’encourir le reproche de « chasse aux sorcières », pudeur bien suspecte, si l’on tient compte des présomptions de la rue, sur les rapports organiques entre le auteurs du 3 août et l’entourage tribal de l’ancien Chef de l’Etat. Nul, en Mauritanie, n’accorderait d’indulgence à une telle précaution pas plus qu’il ne s’offusquerait de voir les puissants d’hier, passer, enfin, sous le joug de loi. Or, grâce à l’attitude conciliante des nouvelles autorités avec le sérail et son personnel zélé, la fraction déchue du système parvint à convaincre, les mauritaniens, de sa force maintenue et de la relativité du coup d’Etat ; le terme « rectification » - employé par le Président du Conseil Militaire pour la Justice et la Démocratie (CMJD), quand il qualifiait l’événement le plus décisif de notre histoire – ajouta à la confusion. Les journées de concertation et l’accélération annoncée des échéances (de 2 ans à 19 mois) ne suffirent à infirmer le doute sur la relation d’identité d’intérêt, entre le Colonel Taya et ses tombeurs. Des signes, toujours en vigueur, contribuent à faire évoluer l’hypothèse en certitude, tout au moins dans l’inconscient collectif. Le CMJD et son Gouvernement ont trop veillé à adoucir les effets du putsch sur le bloc prédateur. Ce dernier sort ainsi vainqueur des élections législatives et municipales de la fin 2006. Le lien de cause à effet est manifeste. Le prochain Président s’empressera de cantonner les forces armées et de sécurité, loin de la politique, dans le périmètre de leur mission originelle.
1/ Le principal motif de scepticisme s’exprime au travers du maintien, en fonction, d’emblèmes négatifs de la dictature – tortionnaires, prévaricateurs – qu’accentue la permanence, dans des positions de poids, de membres du PRDS-PRDR ou d’Indépendants ; d’ailleurs, jusque dans les rangs de l’ex opposition, réunie dans une Coalition Forces du Changement Démocratique (CFCD) en déliquescence avancée, le discours de l’impunité et les méthodes de mobilisation se confondent, par leur empreinte tribale, avec les procédés de l’autre camp. Du point de vue de la rhétorique, la distinction entre les deux entités s’estompe.
La double omission met l’appareil sécuritaire, entre parenthèses, au lieu de l’assainir et vide ainsi, de sa substance, la résolution de neutralité de la part des agents de l’Etat. Des nominations malheureuses ont singulièrement fini d’entamer la credo de la méritocratie. L’on citera, par exemple, celle d’un jeune affairiste, sans références intellectuelles, dans notre mission diplomatique à Washington. L’erreur se complique, si l’on sait que le FBI enquêtait sur l’implication du susdit, dans un réseau familial d’immigration au prétexte de visa d’études, de pure convenance et rémunérés, « au noir ». La même Ambassade – à l’instar de bien d’autres - déclare et couvre des dizaines d’employés fictifs, porteurs de passeports diplomatiques et salariés, par ailleurs chauffeurs de taxi, livreurs de pizza, convoyeurs de marchandises, trafiquants de cigarettes, employés de parcmètres, etc.
Le personnel et le fonctionnement des délégations permanentes de Mauritanie trahissent la manifestation la plus délirante du laxisme et de l’incompétence; des diplomates, en contrepartie d’émoluments non déclarés ou de faveurs, servent de guides multi usages, de coursiers, de passeurs de devises, de transitaires, parfois de compagnons de jeux et de tourisme, aux dignitaires en escale, occasionnellement à leurs épouses et rejetons. Certains consulats sont devenus des officines où se débite la contrefaçon de passeports et d’attestations, de diverse facture. Avec la complicité d’employés d’ambassade, clients de réseaux de travailleurs immigrés - eux-mêmes vendeurs de prestations de santé auxquelles ils ont droit - des personnalités officielles et leurs proches se soignent, à moindre coût, et recouvrent, ensuite, le coût de la prise en charge; ils le partagent ensuite avec leurs hôtes d’une hospitalisation.
Le personnel faillit le plus souvent aux règles de l’accueil téléphonique, du courrier, du protocole et du savoir-vivre, de sorte que l’image du pays, aux yeux des usagers non mauritaniens, s’en trouve dégradée. Parfois, les apparences de la salubrité élémentaire y font défaut. Une faune de commerçants de tout et de rien, d’indicateurs, de féticheurs s’y agite et palabre, autour d’un thé, dont les feuilles, après le service, jonchent le sol ou débordent la poubelle béante, quant il y en a une. Pire, des centaines d’individus - aventuriers, féticheurs, maquereaux de luxe, intrigantes plus ou moins fraîches – possèdent des titres de voyage diplomatiques et en abusent causant ainsi l’effondrement le plus complet et durable du crédit - déjà fort aléatoire - de la Mauritanie.
Le lobbying, lui, s’appuie sur la lie des leaders d’opinion, des officines à peine concevables ou prévaut le mercenariat de plume en seconde main ; les contrats de « communication » tombent, ainsi, entre des intelligences inexpertes et discréditées. Nul ne sait, jusqu’ici, à quel montant précis s’évalue le prix de telles transactions, leur actualité ni les arrangements vénaux qui les caractérisent, au bénéfice bien compris des commanditaires et des prestataires. En France, par exemple, les opposants avertis se réjouissaient de voir la propagande médiatique en faveur du Dictateur, se réduire à une feuille de quatre pages, d’une maquette douteuse, qu’un mystérieux centre « des études de la désinformation » distribuait dans les ambassades, l’Assemblée Nationale et le Sénat. Investigation menée, il se vérifia que la fameuse agence, sise à Paris, dans la rue de Turbigo, produisait des écrits livrés depuis Nouakchott et sans doute sous dictée, par un correspondant des anciens services français d’Afrique, lui-même en négoce d’hôtellerie et divers, avec des parents du Colonel Ould Taya ; son épouse, elle, s’occupait de la saisie informatique, de l’impression et de la distribution par la poste. Sur le moteur de recherche « Google », l’on débusque les accointances de cette enseigne, avec l’extrême droite lepéniste. Combien d’initiatives de même teneur ont essaimé, un peu partout dans le monde, sur les frais du contribuable mauritanien ? Lesquelles, surtout, continuent à bénéficier de subventions ? Celle-là a pris fait et cause pour le changement du 3 août et s’est aussitôt mise à l’air du temps. Selon toute probabilité, son contrat serait reconduit.
Plus globalement, en dépit de rares nuances au conditionnement par les fréquentations et l’entourage, l’autorité de transition a, essentiellement, permuté des individus, presque tous « formatés » à l’école de l’impéritie et de l’impunité. Le nouveau pouvoir, constaterait-on à raison, confie, d’abord, le destin du pays aux hommes qu’il connaît, en substance ceux du régime déchu. Certes, pas plus que ceux-là ne se réduiraient, collectivement, à une somme de défauts, moins encore ils ne détiendraient les meilleures qualifications; les mauritaniens, en particulier de la diaspora, recèlent d’importantes ressources humaines et une santé mentale bien moins discutable qu’à l’intérieur de nos frontières ; certains occupent des positions de choix dans des entreprises ou des institutions, d’autres survivent, dans l’embarras matériel, pour prix de convictions bannies ou d’une dignité préservée loin du despotisme. D’aucuns se sont vu confier, pas toujours pour une période suffisante, des missions d’intérêt national : nous mentionnons, ici, les deux principales sociétés, de mines et d’hydrocarbures (La SNIM/SEM brièvement et la SHM toujours). C’est peu, très peu, en considération des avantages que le pays tirerait de l’implication de ses cadres figés aux marges du système de pouvoirs.
Les dernières sessions du conseil des ministre prennent la tournure inverse ; la course au morcellement des lots de prospection du sous-sol bat tous les records de rapidité ; le partage des positions statutaires révèle l’empressement, voire la fébrilité aux dépeçage et désossage de la dépouille, avant que le peuple ne s’en empare. Jamais le régime de la transition n’est apparu aussi nu dans la cupidité et la vulgarité boutiquière. Les 3 liens dessous témoignent d’un achèvement peu vertueux, au profit des tribus, des commerçants et des décideurs lesquels auront perçu, en quelques mois, l’équivalent de commissions annuelles :
http://www.ami.mr/fr/articles/2007/mars/14/13.html
http://www.ami.mr/fr/articles/2007/mars/14/14.html
http://www.cridem.org/modules.php?name=News&file=article&sid=7987&mode=&order=0&thold=0
A lire, de près, l’on remarque, dans la liste des nominations, que de jeunes affairistes, sans niveau ni expérience de la chose, reçoivent, d’un coup, des grades supérieur dans l’échelon diplomatique et se retrouvent au cœur de chancelleries de renom !!! Cet acte de fin de règne comporte un record de malhonnêteté et nous rappelle des précédents fâcheux.
2/ Les déclarations du Président du CMJD, réitérant l’immunité du prédécesseur, disent, donc que la sécurité personnelle du Dictateur Ould Taya prévaut sur toute considération morale. L’un des candidats au second tour a repris, à son compte, de telles audaces et la demande d’excuse requise, hélas, fit défaut.
A delà de son cynisme, le discours du Chef de l’Etat blesse, de front et à vif, les sentiments et l’identité d’une partie de la Nation, victime exclusive de crimes commandités ou couverts par le Colonel renversé. Les négro-africains de Mauritanie en ont conçu un surplus d’abandon par leur pays et de fatalité devant les épreuves, d’où l’aggravation du désarroi et de l’acrimonie qui croissent dans leurs rangs. Les mots du Président du CMJD, sur la problématique du racisme, ont accentué la fracture ethnique et confirmé les cadres non bidhane, dans cette attitude de retrait que la scène politique trahit, déjà ; l’agitation pré-électorale, les conférences de presse dans les hôtels, les démonstrations de popularité et toute l’ambiance festive d’avant et durant les scrutin sanctionnent, sans appel, le rétrécissement des enjeux, à l’intérieur de la communauté arabo-berbère. Lorsque des notables négro-africains, de divers horizons, tentent de se réunir, ils se heurtent au soupçon de communautarisme ; la même rigueur n’opère point face à leurs homologues maures, parmi lesquels le clanisme le plus outrancier s’expose et déploie. L’inégalité des moyens, fruit de deux décennies d’accumulation monopolistique, creuse, aussi, le différentiel dans la visibilité. Il résulte, de l’ensemble, que de nombreux mauritaniens observent le cours des évènements et attendent, en vain, ces signes forts grâce à quoi toute une Nation se sent concernée, sollicitée, entraînée, par delà les appartenances et les subjectivités.
Enfin, le propos malheureux aura provoqué le réveil agressif des partisans exposés (1) de l’ancien chef de l’Etat et incité, ceux de l’ombre, à reprendre l’initiative de sa réhabilitation. Nous sommes persuadés qu’ils s’y emploieront, encore et bien au-delà du 25 mars 2007.
3/ Une autre cause d’inquiétude réside dans le refus d’aborder - ne serait-ce que par le débat public et la réflexion d’une instance ad hoc – les lignes de fracture les plus profondes dans la communauté de destin, tels la problématique de l’esclavage et celle du passif humanitaire, dans ses aspects multiples. Le choix de différer cette séquence, pourtant inévitable, dévoile une preuve supplémentaire de mépris envers les humbles ; exiger, que les réfugiés et déportés au Sénégal et Mali attestent de leur nationalité mauritanienne, fut, sans doute, l’imprudence la moins excusable, quand l’on se remémore dans quelles conditions d’urgence, de peur, de pillages et de contrainte, ils durent quitter leurs foyers, sur la terre des ancêtres.
Ici et dans le cas de figure précédent (2), la prise en compte ostentatoire, de la susceptibilité conservatrice maure, dénote, parmi les nouveaux dirigeants, l’ignorance, du moins la négligence du caractère pluriel de la Mauritanie. Agissant ainsi, ils n’entrevoient les implications inéluctables d’une démographie en développement inégal et inversement proportionnel à l’accaparement illicite des richesses, par une ultra minorité de notable et de cadres, quasiment tous d’ascendance arabo-berbère.
Le mutisme, voire l’acceptation résignée du fait accompli, par l’immense masse des exclus, tient de cette somnolence provisoire des opprimés que la logique mène, toujours, aux réveils brutaux. La soumission à l’ordre hégémonique bidhane, par les Hratine et les négro- africains, ne saurait diluer ni atténuer la fibre de prévision et d’anticipation particulière à l’homme d’Etat réformateur. Il s’adresse à des citoyens, réputés égaux ; il ne traite pas avec les tribus, ne cède jamais aux chantage du fort au faible et tient, tous ses compatriotes, pour artisans du devenir collectif. Le dirigeant perspicace n’attend pas le moment où la crise éclate ; il le précède.
B/ Comment les convertir en atouts ?
Enfin, il assume des décisions fortes ; elles seraient d’autant mieux acceptées ou s’adosseraient légitimement à la force, qu’elles s’appuieraient sur les principes universels d’Egalité, d’où l’équivalence morale des individus, par-dessus la naissance et les échelles de valeur privées ; seule comptent, ici, les deux critères objectivables que sont le nombre et la loi. Si les droits de la majorité s’effritent dans leur violation faiblement dénoncée, l’intérêt général et la norme éthique conseillent la réparation, exhaustive et sans retard. La prospective rationnelle la commande.
Que reste-il, donc, à entreprendre, dès l’élection du Président de la République?
1/ Dédommagement, symboles, conciliation
Malgré le radicalisme de certains discours de contestation, tellement rodés qu’ils peinent à suivre l’œuvre de salut public du 3 août 2005, les franges les plus vigilantes de l’ex-opposition en exil, les ONG de promotion des droits humains, les associations de défense des victimes, des réfugiés, déportés, rescapés civils et militaires et l’ensemble des ayant droit des disparus manifestent et vivent, aujourd’hui, une réelle volonté de dépassement de l’impasse. Tous sont prêts - s’il le faut en vertu d’un accord écrit et garanti par un large consensus des mauritaniens – à fournir l’effort qu’exige la concorde nationale ; la lassitude, le désespoir, le « mal du pays » chez les exilés, la conscience d’un rapport de forces défavorable à l’intérieur et la crainte d’une seconde catastrophe concourent à ce nouveau pragmatisme ; cependant, nul, en leur sein – les déclarations inverses ou les silences relèveraient du calcul – n’abdiquerait ses voeux de réhabilitation ; bien entendu, quasiment tous - sous l’impact de leurs principaux faiseurs d’opinion - tiennent pour préférable d’abandonner l’option des plaintes devant les tribunaux en contrepartie d’une débat ouvert sur le bilan et l’avenir de la communauté de destin. Cette évolution ouvre un cadre d’apaisement qui conjugue minimum d’équité et sauvegarde des équilibres vitaux du pays ; en équilibre de la renonciation aux poursuites contre leurs tortionnaires – hormis Ould Taya2 - nos compatriotes lésés escomptent:
a/ des audiences publiques au sommet
b/ des excuses solennelles de l’Etat
c/ la retransmission radiotélévisée des séances du Conseil National de la Concorde (cf infra)
d/ le rétablissement dans leurs droits matériels et statutaires.
e/ La prévention des menaces de récidive, par le nettoyage d’un appareil de défense et de sûreté encore sous influence des auteurs de violences en masse. La radiation, à vie, des tortionnaires en uniforme paraît incontournable ; notamment ceux de la police sèment, ces dernières années, des actes de désolation et de brutalité dignes d’une association de malfaiteurs. Leur zèle au racket et à la torture, surtout envers les détenus de droit commun, a instauré, dans les commissariats de la capitale et d’ailleurs, la certitude de l’impunité et la fatalité de la corruption.
La 4ème doléance entraînerait la réintégration des agents publics, avec rappel de traitements et de promotions, la restitution des biens meubles et immeubles expropriés au moment de l’exode, le versement, rétrospectif, de pensions substantielles, au profit des descendants, ascendants directs et conjoints des disparus.
Dans la 5ème réside la meilleure mise sur l’avenir ; aspect primordial qui ne soulèverait pas d’objection majeures dans le reste de l’opinion, la suspension ou le licenciement définitif des personnes convaincues de participation à des atrocités ou actes de barbarie, rendrait, aux citoyens, la confiance nécessaire dans les forces armées et de sécurité et rétablirait la réputation désastreuse de celles-ci, après les purges de 1989-1991 et les vagues de répression et de torture de 2003 à 2005. La Convention de New York de 1984, que la Mauritanie ratifiait le 27 novembre de l’année 2004, comporte le mécanisme de neutralisation.
Par ailleurs, la problématique de l’esclavage, manifestement minorée par le nouveau pouvoir, méritait l’annonce d’un plan national d’éradication, cela d’autant que des bailleurs de fonds extérieurs s’empresseraient d’y apporter leur concours actif. Il importe de préciser que l’épilogue, en décembre 2005, à l’affaire d’esclavage d’une mineure et de ses proches – dit cas Khadama - aura beaucoup discrédité les prédispositions de réforme de la justice ; de nombreux partenaires, surtout dans la communauté internationale des Droits de l’Homme, se sont émus de l’absence de toute sanction prise à l’encontre des policiers et magistrats, responsables de la falsification de l’enquête.
A la lumière de cet état des lieux mitigé, il apparaît certain que la brève période de 19 mois ne suffisait à délier tant de contradictions ; en revanche, l’inaction, la dilation et le renvoi intégral des dossiers d’envergure, à l’avènement du régime civil, occasionneront, à celui-ci, un cumul de responsabilités, tel qu’il encourrait la levée conflictuelle des mouvements de solidarité et de réclamations inhérents au jeu de la démocratie ; le principal risque viendra des plaintes devant des tribunaux, dont la composition mono ethnique et la mentalité tribale excluent des décisions équitables, donc réexporteraient le litige vers les instances étrangères ; de surcroît, le caractère bi-polaire de la cause ravivera la division de la société, sur la ligne de clivage de sa double identité, avec le péril de refaire surgir, alors, l’esprit de corps, dont les institutions ne se dépêtreraient sans peine ni quelques blessures graves. Or, à cause de la fragilité de la Mauritanie, il demeure primordial, pour la continuité de l’Etat, que les futures tensions politiques ne s’expriment pas sur le terrain de l’unité et de l’invisibilité du pays, deux impératifs insusceptibles de marchandage. Ce dernier ne s’en relèverait pas. L’on assisterait, sinon, au démembrement de la mémoire et de la fibre collectives ; le vivre ensemble, après quatre décennies d’apprentissage agité, s’éteindrait sur les décombres de la séparation.
Ici, à défaut d’une action qui résoudrait, définitivement, les rivalités prévisibles, entre, en jeu, la capacité du dirigeant réformiste à rassurer TOUTES les parties3 et les engager, sans possibilité de retour, sur le chemin de l’entente, afin que ses successeurs ne se découvrent en otages par le passif, pénible, de l’ère Ould Taya.
Après avoir reçu et entendu les acteurs de la crise, qu’ils soient victimes ou coupables présumés, le Chef de l’Etat, par une adresse solennelle à la Nation - de préférence lors d’une fête religieuse - place les mauritaniens devant leurs devoirs et ose les mots de la réconciliation où la vérité éclate, dans le courage de l’aveu.
2/ Entregent, influence
La politique n’étant que l’art de l’adaptation aux besoins du moment, la Mauritanie de l’après phase transitoire sortirait plus solide, si le nouveau Président entamait des visites de haut niveau, aux Sénégal, Gabon, Nigeria, Maroc, en Libye, Algérie, Egypte et Afrique du Sud. Vouloir se passer de l’influence de ces interlocuteurs sur le Continent dénoterait un déficit d’information stratégique.
Leur suite idéale conduirait la Mauritanie à réintégrer la CEDEAO et poser acte de candidature au seul cadre de coopération saharo-sahélien ou Sin-çad. Les répercussions sur la santé générale de notre économie, plus particulièrement la prospérité et la sécurité de nos ressortissants en Afrique de l’Ouest, se passent d’illustration.
3/ Des aptitudes à promouvoir
A l’intérieur et hors de la Mauritanie, les compétences de nos compatriotes foisonnent, souvent dans l’indifférence des autorités ; le lourd climat de persécution, de censure, de népotisme et des ententes illicites, dissuadait, la plupart, de toute participation au devenir du pays, aussi bien dans la fonction publique qu’en marge. Quelques uns ont mis leurs facultés au service de multinationales, d’autres acquirent une nationalité de rechange pour parvenir à certaines charges dans la bureaucratie des pays d’accueil ; la majorité, enfin, vivait d’expédients, sous les latitudes démocratiques, avec l’espoir, de plus en plus minime, de revenir au bercail. Jusqu’ici, le régime de transition, sans doute faute de lucidité et de connaissance suffisantes, s’est abstenu de les mettre à contribution. L’ombre et le silence de l’apolitisme mauritanien cachent des profils d’excellence, relativement exempts des sollicitations électorales et d’une moralité sûre. Il suffit de les rechercher et de les inviter à la reconstruction.
C/ Investir le champ du possible, libérer l’imagination
Gouverner par le bien et les respect des gens demeure le raccourci le plus sûr sur la voie de la paix. L’ambition pose problème sous une démocratie concurrentielle. Le futur Président se servira du caractère limité de son mandat, pour se permettre le maximum d’audace dans l’impulsion et l’accélération des réformes. La tâche commence par le choix de collaborateurs exemplaires, hors l’emprise des clientèles serviles ou vénales. Dès son serment solennel devant la Nation, il emploiera un soin particulier à éviter la proximité des symboles de la Dictature, de la prédation et de la faillite morale. Certes, le prétendant aux suffrages du nombre ne saurait sélectionner les appuis ni les bulletins mais il lui appartient, de faire prévaloir ses choix et sa conscience, dès lors qu’il disposera de la légitimité. A cet égard, pour appliquer l’empreinte du changement sur les esprits, il agira, vite et fort, tant que le permet l’état de grâce.
Le Président s’armera d’inventivité et d’ouverture ; il recoura aux services d’analystes dont l’office consiste à cultiver l’innovation, fructifier les idées, promouvoir la contradiction et faciliter la mise en pratique des choix. Ils s’en acquitteraient d’autant mieux que leur mission se déroulera, dans la discrétion, en marge de la sphère des courtisans.
Des gouvernements aussi démunis que le Sénégal, le Mali ou le Burkina Faso se distinguent par la visibilité diplomatique et une exceptionnelle aptitude aux essais en matière d’éducation, de protection de l’environnement, de projets de développement à la base. Ils y sont parvenus, en partie, grâce à une stratégie agressive de dissémination dans les organisation internationales et d’incessants efforts de communication. Dans ces deux domaines, la Mauritanie accuse un retard sans précédent.
Au titre du concours à la prospective d’une gouvernance méritoire, nous exposons, ici, quelques lignes dont la formulation, parfois hardie, ne doit pas effrayer le destinataire ; il s’agit, avant tout, du rappel à l’impératif d’une vision.
D/ Les 16 urgences
1/ Toutes disposition sont prises pour que les mauritaniens de l’extérieur s’acquittent, toujours, de leur droit au vote, cela dès la prochaine convocation du collège électoral.
2/ La peine de mort est abolie, de même que sont abrogées les dispositions inspirées de la Charia, qui autorisent les atteintes à l’intégrité du corps humain et organisent l’inégalité des sexes. La totalité des corps militaires et paramilitaires suivent une formation continue au respect de la personne5.
3/ Pour procéder au règlement définitif des atteintes à l’unité du peuple, un Conseil National de la Concorde, composé de juristes impartiaux, de défenseurs notoires des droits humains et de représentants des associations d’ayant droits, de survivants et de réfugiés reçoit, du Président de la République, une mission d’investigation, d’identification et de propositions. Dans les limites du projet de règlement consensuel que l’avenir du pays requiert, l’instance rendra ses conclusions 6 mois après son entrée en vigueur. Celles-ci guideront les premiers actes de restauration de la confiance entre mauritaniens. La désignation du CNC4 s’effectuera, par compromis entre acteurs concernés. Une fois sa tâche achevée, le Conseil se dotera d’un cahier de charges qui l’installe dans la durée. A égalité de membres entre les appartenances sociolinguistiques, le Haut Conseil de la Concorde (CNC), surveille la gouvernance et publie un rapport annuel sur les atteintes à l’égalité des citoyens devant la loi. Il formule, à l’adresse du Pouvoir, des avis, propositions et remontrances. Il est le gardien vigilant de la coexistence mais ne se soustrait, en aucun cas, à la légitimité démocratique. Toute publicité est accordée à ses avis ; les média publics y pourvoient, à titre gracieux.
4/ L’esclavage, le racisme et la préséance de caste sont explicitement sanctionnés par une un amendement constitutionnel et une ordonnance spéciale. Le service public en corrige les effets et encourage, ainsi, par des programmes spécifiques, l’intégration citoyenne des victimes et leur dédommagement. La Mauritanie signe et ratifie les instruments du droit international les plus protecteurs de la dignité humaine.
5/ Une journée du souvenir et de la réconciliation rappelle, chaque année, la mémoire des morts innocents et la nécessité de la paix par la justice. Elle est célébrée sur les lieux de travail, dans les casernes, les établissements éducatifs et tout autre endroit où s'exprime l'autorité de l'Etat. Elle donne lieu à un discours solennel du Président de la République. Il y exhorte aux valeurs de civisme, de pardon, de solidarité et rappelle le devoir individuel de défendre la liberté.
6/ Dorénavant, les chefs d’Etat de la Mauritanie, en fin d’exercice, deviennent, de plein droit, membres du Conseil Constitutionnel. Une réunion du Parlement en congrès avalisera le mode de cooptation.
7/ Le gouvernement réclame aux Etats destinataires, le gel puis le rapatriement des biens de la communauté, indûment acquis, par des dignitaires de la Dictature ou à leur profit. Périodiquement, la Cour des Comptes remet aux représentants du peuple, un audit complet des finances publiques et des ressources naturelles ; ce geste, annuel, consacre le retour à la transparence dans la vie de la cité.
8/ Le Président convoque le Congrès l’appelle à se prononcer sur les sujets dont la sensibilité et le caractère litigieux comportent des risques pour l’autorité du premier magistrat: concernant les relations diplomatiques avec Israël, il veillera à ce qu’une éventuelle décision de gel ou de rupture ne comporte aucune incidence sur la coopération médicale et humanitaire. La levée de l’interdiction d’un parti religieux, le retour éventuel à la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et l’entrée dans la Communauté des Etats Saharo-Sahéliens (Cen Sad) suivront, après débats entre les élus, une modalité de choix identique.
9/ Fort de son expérience d’alternance, inédite dans l’environnement de l’obscurantisme arabo-musulman, la Mauritanie adopte la posture d’un pays d’asile et s’ouvre à tous les combattants de la liberté ; elle renouera, alors, dans le Maghreb et le Machregh, avec une respectabilité et un volontarisme dont la privaient le sous-développement et l’aventurisme de sa politique étrangère, depuis plus de 20 ans.
10/ A l’exclusion des pays limitrophes, la double nationalité constitue un droit pour tous les mauritaniens. La qualité contribue à la diversification des ressources humaines et sert notre rayonnement extérieur.
11/ La réforme de l’éducation comportera l’adoption progressive de l’Anglais comme langue d’instruction scientifique et permettra, ainsi, à des générations, l’accès aux dernières avancés de l’humanité dans les technologies et les sciences; de même, les élèves apprendront un métier manuel qu’ils maîtriseront avant d’obtenir le baccalauréat. La systématisation des camps de vacances élèvera le devoir de la reforestation dans les consciences émergentes, renforcera les rapports intercommunautaires et distillera, dans la société, la sève du volontarisme et de l’intérêt général. Il n’est pas concevable que des générations de mauritaniens ne se destinent qu’à des métiers de service ; l’hypertrophie du secteur tertiaire encourage la main d’œuvre immigrée et accentue l’ethnicité des comportements de préséance entre personnel de bureau et forces laborieuses.
12/ Hormis les activités d’artisanat, l’exploitation du bois est prohibée sur l’ensemble du territoire ; le charbon domestique est cependant autorisé à l’importation ; progressivement, l’Etat encourage, l’économie de la matière, par la subvention des foyers améliorés et du gaz de chauffe. A moins d’une dérogation dictée par une menace ponctuelle sur la sécurité des personnes et des biens, toute activité de chasse est bannie durant les 10 années à venir. Dans la transparence la plus sourcilleuse, la reproduction des espèces et la préservation du littoral conditionnent la gestion halieutique.
13/ Il importe de veiller, vite, à l’harmonisation des textes organisant le titre foncier, entre l’ordonnance de 1981 – de facto caduque – et la prégnance, encore vivace, de la tenue traditionnelle, sous couvert de droit musulman ; le problème renvoie à une distorsion absurde où la force publique cède aux instances des tribus. Dans la plupart des zones de peuplement bidhane, l’acquisition de terrains en déshérence suppose un acte d’achat, auprès d’un notable prétendu héritier d’un vierge sol, au nom d’une collectivité, d’un clan, d’une famille. Il est inacceptable que de tels abus sur le domaine public se poursuivent, plus de 40 après l’Indépendance.
14/ La Mauritanie déclare « grandes causes nationales » la prévention du SIDA et l’économie d’énergies non renouvelables, y compris l’eau et la qualité des sols. Cette dernière priorité implique, notamment, la participation aux expériences pilotes menées, partout dans le monde, en vue de limiter la dépendance aux produits pétroliers et la dégradation des écosystèmes. A l’image de la campagne du Livre mais à l’abri de son obséquiosité, l’entendement collectif subira, jusque dans l’éducation scolaire et supérieure, une pression de tous les instants, afin d’y imprimer la prévoyance et le souci du moyen et long terme.
15/ La société est en perte de repères esthétiques et de plus en plus sous l’emprise des standards universels de la consommation ; parmi les jeunes négro-africains, le rap et la variété occidentale délimitent le périmètre du rêve ; en milieu maure, le plagiat le plus kitsch oscille entre la singerie mimétique d’une modernité au rabais et l’attachement à une arabité bas de gamme car de ressort télévisuel et de teneur purement festive. Au même titre que l’artisanat en désuétude accélérée, tant de sports, jeux, chants, danses, poèmes, coiffures habillements et autres aspects du mode de vie originel sombrent dans l’amnésie consumériste. Face à l’appauvrissement des normes d’excellence, l’institution biannuelle d’une Quinzaine Nationale des Arts et Métiers Anciens sonnera le temps du recouvrement de soi, de l’immersion dans le bain des origines. Des prix consistants et une école supérieure du patrimoine augmenteront l’impact démonstratif de l’entreprise.
16/ Le tribalisme, le racisme, l’oppression sexiste, l’insalubrité, le gaspillage d’énergies fossiles et la dégradation de la nature font l’objet d’un enseignement civique, jusqu’à la fin du cycle secondaire. La rééducation de l’homme mauritanien, par des outils rationnels, extirperont, chez les générations ascendantes, l’esprit de corps, l’anarchie et le gaspillage.
En guise de conclusion
La nature des difficultés structurelles, à quoi la Mauritanie s’expose depuis son indépendance, affaiblit la probabilité de leur règlement définitif par le personnel en activité depuis le 10 juillet 1978 ; sinon, tôt ou tard, ce dernier cédera face à la surcharge de demandes que la compétition ne manquera d’aviver. L’équation requiert une posture de d’exception où les tribus, les corporations et tous les courants centrifuges reconnaîtront la force, la fermeté et l’empire de la loi. A ce jour, aucun des deux candidats potentiels à la Présidence ne semble incarner le sursaut de l’impartialité et de l’équité, devant les pesanteurs clientélistes. Au stade préélectoral, les intentions ou programmes déclarés pèchaient par l’abus de flou consensuel.
La prévoyance recommande, incessamment, de préparer la relève et la correction du régime issu des scrutins récents ; des années de privation prédisposent la plupart des élus aux errements d’une liberté acquise sans sacrifices ; s’il ne souhaite faire courir, au pays, le péril sur la paix intérieure, le prochain Président de la République gagnerait à envisager, dès maintenant, les mesures nécessaires à un changement de personnel, dès le début du premier mandat démocratique.
Demain, la prétention de cadres intègres à la direction de l’Etat devra être encouragée, afin d’éviter que ne s’exacerbent jusqu’au seuil critique, les déceptions, les frustrations conséquentes et les appétits de puissance, dont les revenus du pétrole ne manqueront d’aviver la pression sur l’intérêt général. Le succès de l’après transition constituera le capital de l’éventuelle entreprise de reconquête par une nouvelle génération de politiciens et de technocrates ; au travers de cette cooptation, ceux qui l’incarnent traduiront en actes, l’aspiration des mauritaniens à l’égalité des chances, exigence en deçà de quoi, toute société cesse de rêver et se meurt.
Conscience et Résistance 21 mars 2007
Notes :
1 Le terme est inadéquat parce qu’ « amnistie » désigne des faits jugés ; or, l’ordonnance en question s’étendait aux personnes objet de recherches et jamais inculpées. De plus, la liste officiellement communiquée des bénéficiaires cite des patronymes certes connus mais pas toujours en conformité avec l’état-civil des susdits.
2 Une procédure pour « crimes contre l’humanité », donc imprescriptible, court, actuellement, à Bruxelles, contre l’ancien Président ; d’autres, similaires, se prépare un peu partout dans le monde libre ; les deux, malgré les fortes présomptions de culpabilité du dictateur déchu, manquent, cruellement, d’éléments à charge. Pèserait lourd dans l’instruction, tout document pouvant attester que le Colonel Ould Taya a ordonné les faits, en était informé au moment de leur commission ou s’est abstenu de les sanctionner, une fois connus de lui. Les courriers, adressés à lui au sujet du contentieux, notamment les conclusions de l’enquête confidentielle de 1991, produiraient un impact décisif sur l’accélération de la procédure. Si ces pièces sont versées au dossier, les magistrats saisiraient, valablement, le Qatar, d’une demande d’extradition. A partir de ce cet instant, le Colonel Ould Taya serait neutralisé et n’oserait plus influencer le cours de la politique en Mauritanie. Par conséquent, nous engageons, avec insistance, les autorités futures, à fournir ces preuves aux plaignants.
3 Les deux principales associations de membres des forces armées, celles dont l’activité internationale aura causé le plus de tort au pouvoir déchu, sont l’Aide aux Veuves et Orphelins de Militaires Mauritaniens (AVOMM) et l’Organisation Contre la Violation des Droits Humains (OCVIDH), toutes les deux établies en France ; elles ont, respectivement, suscité les plaintes, jugées recevables, contre Ould Taya à Bruxelles et le capitaine Ely Ould Dah à Montpellier. S’y ajoute, en intersection, la toute nouvelle Coordination des Anciens Militaires Mauritaniens en Exil (CAMME), fondée au lendemain du 3 août 2005.
4 Des fonctionnaires qualifiés des ministères de l’Intérieur, de la Défense, de la Fonction Publique, du Développement Rural de l’Etat Civil et du Commissariat aux Droits de l’Homme y siègeront, à part entière. Enfin, il importe de rappeler que les mécanismes à l’Union Africaine permettent l’assistance aux Etats en matière de personnes déplacées, sans jamais intervenir dans leur indentification, si les autorités du pays de retour s’en réservaient les critères. L’UA a accumulé de nombreuses expertises, notamment aux Libéria, Congo ex-Zaïre, Soudan, en Sierra Léone et Guinée Bissau et dans la Corne de l’Afrique. De plus, une multitude d’ONG et de fondations, dotées de moyens adéquats, interviennent, aux quatre coins du monde. Leur appui à la Mauritanie allégerait, de façon substantielle, les coûts des opération de rapatriement et de réinsertion.
5 Au chapitre du nouveau départ, le Chef de l’Etat, le Ministre de la Justice et le Commissaire aux Droits de l’Homme seraient bien inspirés d’inviter, à Nouakchott, des délégations des ONG internationales qui s’intéressent, de près, à la condition des libertés fondamentales en Mauritanie : Human Right Watch (HRW), Organisation Mondiale Contre la Torture (OMCT), Amnesty International (AI), Anti Slavery International, Agir Ensemble pour les Droits de l’Homme (AEDH), Fédération Internationale des Ligues des Droits de l’Homme (FIDH). Les trois dernières ont été reçues par le Président du CMJD mais ces audiences n’ont pas abouti à des décisions ou gestes significatifs. De même, sur la foi des données ci-dessous, il y aurait gain immédiat, pour notre chantier démocratique, de lier, l’Etat, par les instruments universels les plus soucieux de la dignité des gens :
Instruments des Nations unies ratifiés par la Mauritanie
CAT- Convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants. Accession 17/12/2004, 17/11/2004 ;
CCPR- Pacte international relatif aux droits civils et politiques. Accession 17/02/2005, 17/11/2004 ;
CEDAW- Convention sur l'élimination de toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes. Accession 09/06/2001 10/05/2001 ;
CERD Convention internationale sur l'élimination de toutes les formes de discrimination raciale 21/12/66, 12/01/89 13/12/88 ;
CESCR- Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels. Accession 17/02/2005, 17/11/2004 ;
CRC- Convention relative aux droits de l'enfant Ratification 26/01/90, 15/06/91, 16/05/91 ;
Instruments non ratifiés par la Mauritanie
CAT-OP- Protocole facultatif à la Convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants ;
CCPR-OP1- Protocole facultatif se rapportant au Pacte international relatif aux droits civils et politiques ;
CCPR-OP2-DP- Deuxième protocole facultatif se rapportant au Pacte international relatif aux droits civils et politiques, visant à abolir la peine de mort;
CEDAW-OP- Protocole facultatif à la Convention sur l'élimination de toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes;
CMW- Convention internationale sur la protection des droits de tous les travailleurs migrants et des membres de leur famille No Action;
CRC-OP-AC- Protocole facultatif à la Convention relative aux droits de l'enfant, concernant l'implication d'enfants dans les conflits armés;
CRC-OP-SC- Protocole facultatif à la Convention relative aux droits de l'enfant, concernant la vente d'enfants, la prostitution des enfants et la pornographie mettant en scène des enfants.
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