
Le 7 mai 2005, dans un communiqué publié seulement en langue Arabe, le Parti Républicain Démocratique et Social (PRDS, au pouvoir) met en garde les dignitaires du régime contre des attentats qui les viseraient, de la part du mouvement islamiste mauritanien, en connivence avec le terrorisme international ; le texte se réfère aux prétendus « aveux » des dizaines de personnalités religieuses actuellement en détention, selon quoi des groupuscules auraient suivi des entraînements, à cet effet, hors du pays.
Il est à noter que le principal scribe francophone du Parti est en prison, pour des motifs non déclarés ; il s’agit de Mohamed Abdallahi Ould Bellil, chargé de la Communication.
D’autre part, la même source tente de lier la dernière attaque de la brigade de gendarmerie d’Aïoun, aux partisans de Ben Laden ; lors d’un récent point de presse, Monsieur Hamoud Ould Abdi, le Ministre chargé des relations avec le Parlement, explicitera la nature de la relation des assaillants, avec « une cellule djihadiste salafiste locale, directement liée à Al Qaida, qui reçoit ses ordres de cette organisation ».
En dehors du caractère très discutable des liens entre le GSPC et Al Qaida – plusieurs services de renseignements occidentaux n’ont pu les établir - le ministre insistera sur le véhicule de World Vision d’où l’opération aurait été menée ; il tente, ainsi, de créditer la préméditation d’un acte anti-chrétien et, forcément anti-sémite, puisque les faits se déroulent dans le contexte trouble de la visite, en Mauritanie, du Ministre des Affaires Etrangères Israélien.
D’autres détails viennent dévoiler la tactique des Services de Sécurité mauritaniens, qui s’efforcent de préserver leur crédibilité, afin de décourager toute contagion insurrectionnelle ; le pouvoir tient à impliquer des groupuscules islamistes et prévenir toute revendication par les Cavaliers du Changement, son opposition armée ; voici les éléments d’information qu’il s’obstine à dissimuler:
1/ Les témoins oculaires ont identifié 4 assaillants, tous cagoulés et non 2, comme le prétend la thèse officielle. Le capitaine de Gendarmerie Ould Azemragui, qui assistait impuissant à la scène, a été mis au secret, afin d’empêcher toute fuite, notamment auprès des Ambassades.
2/ Monsieur Zakaria Ould Bakhaya, l’une des personnes arrêtées - avec ostentation et effet d’annonce - pour leurs liens présumés avec les auteurs de l’attaque, sera libéré, faute de preuves, le vendredi, 6 mai courant.
3/ Le second, le Sergent Zeidane Ould Sidi Mohamed, fut jugé puis libéré, au procès des putschistes, à Ouad Naga; son frère, le capitaine Mahfoudh Ould Sidi Mohamed a été condamné et y demeure en détention ; Zeïdane, lui, reste en garde à vue ; toutefois, il assure n’avoir, subi, jusqu’ici, aucun interrogatoire ; ses gardiens lui répondent obéir à l’ordre, supérieur, de le neutraliser. C’est le suspect idéal, le temps de faire tarir les rumeurs.
4/ L’ONG World Vision, népotisme oblige, est liée par un contrat exclusif avec Toyota Mauritanie, dont la famille du Chef de l’Etat est actionnaire majoritaire. Le véhicule utilisé lors de la descente à Aïoun est de marque Mitsubichi, modèle L 200, à bâche amovible.
Le montage, destiné aux opinions publiques des démocraties du Nord, sollicite leur solidarité, face à un ennemi construit de toutes pièces, composite et d’une nocivité volontairement exagérée. La manœuvre, comme ailleurs dans le monde arabo-musulman, s’appuie, essentiellement, sur la détermination américaine à traquer les foyers de violence religieuse, afin d’en prévenir l’embrasement et l’extension.
Seulement, les musulmans réformistes de Mauritanie n’ont jamais revendiqué d’actes de terreur, encore moins des appels à la haine contre les étrangers présent sur le sol ce pays. Les Ambassades accréditées à Nouakchott, passé une période de doute, savent désormais que le pouvoir du Colonel Ould Sid’Ahmed Taya s’efforce de contenir sa contestation, grâce à l’appui sécuritaire et diplomatique des puissances. De l’ensemble de ses voisins, seul le Maroc - par cynisme ou analyse erronée de la situation - semble répondre à cette demande, sans pour autant en ignorer le caractère infondé.
C’est, pour nous, l’occasion d’attirer l’attention des partenaires extérieurs, sur deux vérités du moment :
- Après le cas de l’informaticien Mohamedou Ould Sellahi, le régime mauritanien envisage, désormais, d’extrader, vers les Etats-Unis d’Amérique, quelques opposants et personnalités religieuses, récemment détenus et maintenus en isolement ; nous citons, en particulier, le jurisconsulte Mohamed El Hassen Ould Deddew et l’ex diplomate Moctar Ould Mohamed Moussa. La simple conception d’une telle éventualité inaugurerait un nouveau mode de gestion des contradictions internes, par l’expatriation forcée des dissidents, au nom du prétexte commode de la lutte dite « guerre contre l’extrémisme islamiste ». Il va sans dire que les autorités américaines ne sauraient accorder une suite crédible à tant d’abus et de légèreté.
- Les actes de violence à venir, tant qu’ils visent le noyau dirigeant et ses intérêts matériels, ne concerneraient, en rien, les partenaires extérieurs de la Mauritanie ; il s’agit des conséquences prévisibles de 20 années de despotisme tribal et d’impunité. En aucun cas, ils ne pourraient relever du terrorisme ni des accords de coopération militaire. La vie et les biens des étrangers ne sont pas en cause dans notre pays et ne constituent, nullement, une cible des adversaires du système de domination mauritanien.