LES FAITS 

La police politique de Mauritanie, dont la fréquence coercitive s’accélère au rythme mensuel, vient de procéder à l’arrestation de plusieurs opposants et hommes de religion, non sans avoir brutalisé des croyants, surtout des femmes, à la sortie des mosquées. La police politique, qui recourt de plus en plus à de telles mises en scènes, prépare pour la télévision d’Etat, des « aveux » de salafistes repentis. Manifestement, ces mesures trahissent l’espoir de focaliser, de nouveau, l’attention des démocraties d’Occident, sur la vulnérabilité du régime, face à un  prétendu danger terroriste. Depuis 1994, cet argument jamais corroboré par le moindre attentat, aura justifié de nombreuses violations des droits humains, des procès sans suite et des dizaines de cas de tortures, au demeurant impunis. Etre musulman pratiquant, dans la Mauritanie de ces dernières années, tend à constituer un délit.

 

L’ENVIRONNEMENT 

Aujourd’hui, le pouvoir du Colonel Ould Sid’Ahmed Taya tente de recycler une manœuvre usée, avant la visite du ministre des affaires étrangères israélien, elle-même l’occasion de sauver la face, suite aux récents déboires diplomatiques ; elle intervient après une série de déconvenues, dont la renonciation de l’OTAN aux manœuvres prévues en Mauritanie et l’échec du Chef de l’Etat en France à obtenir des audiences présidentielles, à Paris et Washington. Il fallait donc recourir, rapidement, au mythe de l’ami invincible, un vieux fantasme, entretenu dans l’inconscient de certaines dictatures du monde arabo-musulman, selon quoi le soutien de Tel Aviv ouvre les voies de la fortune et préserve de l’instabilité. Sur cette base, il s’agit d’abord, pour les autorités mauritaniennes, d’impressionner la population et la maintenir sous l’empire de la peur et de la résignation, au moment où s’accélère la mobilisation syndicale est s’aggravent les troubles chroniques du ravitaillement en carburant, avec leur lot de répercussions immédiates sur la baisse du pouvoir d’achat ;  en ce sens, la guerre, déclarée aux symboles de la religion, comporte le double avantage de détourner les mauritaniens de leurs problèmes vitaux mais aussi d’entretenir, auprès de quelques alliés, la tentation de  l’indulgence envers les excès du régime.

 

L’ENJEU 

La relation avec Israël est désormais instrumentalisée, de manière structurelle, dans la gestion des contradictions internes. L’Etat hébreu constitue désormais le gilet de sauvetage pour le noyau dirigeant en Mauritanie, et dans son esprit,  la seule porte d’accès à Washington. Les rapports entre les deux gouvernements n’ont aucune incidence, même pas formelle, à la démarche de paix en Palestine, tant il est évident que notre pays  reste le maillon faible du monde arabe ; ni sa géographie ni ses ressources ne l’autorisent à nourrir des ambitions d’arbitrage au Moyen Orient.

 

NOTRE POSITION 

Alors que les ressorts de la propagande officielle se détraquent à force de répétition, il importe de préciser que Monsieur Silvan Shalom appartient à l’aile extrémiste du Likoud ; il ne fait pas mystère de son hostilité inconditionnelle au « plan de redéploiement » sur la bande de Gaza; ce ministre de droite, en particulier, infatigable avocat de l’occupation et des colons, ne saurait, sous nul prétexte, se croire le bienvenu à Nouakchott.  

Aussi, nos sympathisants en Mauritanie même, doivent-ils se mobiliser, avec force, pour exprimer leur solidarité avec les  nouveaux prisonniers d’opinion et prêter concours plein à toutes les initiatives qui déstabiliseraient le régime du Colonel Ould Sid’Ahmed et les intérêts de sa Tribu.  

Jamais, depuis deux ans, ce pouvoir n’aura été aussi fragile, ni autant lâché par ses appuis extérieurs. Il s’agit de le déstabiliser encore plus, sans économie de moyens, ni abus de scrupules.  

Les peuples opprimés usent des outils d’émancipation que l’oppresseur leur  laisse. Leur morale, c’est de vaincre, quel qu’en soit le prix.