
Mardi, 10 mai à Nouakchott, un collectif de personnalités civiles proche du Pouvoir et dit « pour la défense de l'état de droit, organisait, à Nouakchott, un colloque de soutien au Gouvernement et de mobilisation contre le prétendu danger du terrorisme. Le 12 du même mois - alors qu’un groupe de femmes sympathisantes du courant réformiste musulman était encore entre les mains de la police – une multitude d’associations féministes du PRDS, parti du Colonel Ould Sid’Ahmed Taya, organisait une manifestation similaire, avec renfort de voitures officielles et couverture médiatique par l’unique radiotélévision du pays. Cette agitation trahit une réelle panique dans le système de domination tribal.
En effet, la récurrence de ces artifices intervient au moment où le régime fait face à une grave crise intérieure, doublée d’un isolement sans précédent sur la scène internationale.
La renonciation de l’OTAN à son projet de manœuvres en Mauritanie ( 25 000 soldats prévus et reportés au Cap Vert ) et les échecs du Chef de l’Etat à se faire recevoir en France et aux Etats-Unis ont induit, dans son entourage, des réactions contradictoires, où les intérêts de clans et les impératifs de survie collective se disputent la décision. Le Colonel Ould Sid’hmed Taya en est même réduit à accepter de se rendre en Libye, qu’hier, déjà, il accusait - aveux télévisés à l’appui - d’armer ses contestataires. Cette évolution, ses perspectives et l’enjeu dont elles procèdent sont clairement explorés par les analystes de Crisis Group, dans une synthèse très documentée, disponible sur leur site, au lien dessous :
http://www.crisisgroup.org/home/index.cfm?l=2&id=3423
Cependant, la confusion n’en reste pas là ; les partisans du régime, qui se réunissent, ces derniers jours, pour lui apporter un appui ostentatoire, seront très surpris d’apprendre que les autorités sont sur le point d’opérer une révision, en profondeur, de leur doctrine sécuritaire.
Des sources concordantes, depuis Nouakchott, assurent que le Ministère de l’Intérieur procédera, dans les jours proches, à la reconnaissance des ONG de défense des droits de l’Homme, membres du FONADH ; jusqu’à une date récente, elles étaient persécutées, y compris sur les média publics et les journaux au service des Renseignements, pour leur déloyauté à la Nation et leur collusion avec les ennemis de celle-ci.
Tant sur l’esclavage, l’impunité des crimes ethniques, que les déportés, la torture et les discriminations quotidiennes, le Pouvoir signerait, là, un aveu de la pertinence du combat mené, depuis plus de 10 ans, par une société civile, dont la ténacité et la résistance se sont renforcées au fil des intimidations et de la censure.
Evidemment, contre les naïfs qui y verraient un signe d’ouverture ou l’ébauche d’un changement, nous tenons à rappeler, au-delà de notre certitude sur le caractère non réformable du système :
- Sans les pressions étrangères - notamment américaines - la mesure n’aurait été prise, surtout pas en ces circonstances très tendues. Il n’échappe à personne qu’une telle décrispation poursuit l’objectif de renforcer l’isolement des opposants religieux, alors que le Commissaire Deddahi Ould Abdallahi, le Directeur de la Sûreté de l’Etat vient de recevoir la mission de convaincre ses collègues, à Washington, de la réalité du péril islamiste en Mauritanie.
- Les associations reconnues devront poursuivre leur mission, désormais au grand jour, avec une détermination d’autant plus décuplée que cette reconnaissance tardive arrive dans un contexte d’impasse socio-politique d’une ampleur inégalée.
- Leur principal tâche du moment consiste à réfuter, dans l’opinion et auprès des partenaires, le montage amateur, des Services de Sécurité mauritaniens, tendant à établir, une collusion – armée, logistique, financière ou même morale - entre les réformistes musulmans de notre pays et des groupes terroristes. Il importe, tout autant, de réclamer la levée de l’interdiction du Parti de la Convergence Démocratique (PCD).
A toute la classe politique mauritanienne, en premier les démocrates, singulièrement les activistes laïcs, nous généralisons l’appel à peser de toute leur force de persuasion, pour :
- Refuser la guerre de provocation que les autorités engagent, à des fins de légitimation internationale, contre les croyants, dans un pays où la majorité écrasante de la population pratique une seule confession, sans conflit ni violence. Même au temps de la colonisation, les mosquées, sur l’ensemble du territoire, n’ont été soumises, au contrôle de la police ; aujourd’hui, les priver de l’usage du haut parleur et des moyens de sonorisation moderne constitue une atteinte manifeste aux libertés de culte et d’expression.
- Révéler aux partenaires extérieurs, notamment les Etats-Unis d’Amérique et l’Europe, qu’en matière de terrorisme, il n’existe, sur le sol mauritanien, nulle opération déjà réalisée, ni aucun projet de même nature.
- Exhorter nos compatriotes, de ne prêter aucun concours à la police politique et de saboter, toujours, par la désorientation, la contre-propagande et les mesures psychologiques, le travail d’investigation et de traque entrepris par les prétoriens du Chef de l’Etat et de sa tribu.
Enfin, les partisans du changement parmi nos compatriotes, ne devraient hésiter à prêter asile, protection et ravitaillement, aux acteurs de l’alternance, sans conditions de leurs méthodes, tant qu’elles épargnent la vie des civils nationaux, des étrangers et les biens de la collectivité.
La nécessité de la solidarité dans la lutte, s’avère encore plus pressante depuis que le Colonel Ould Sid’Ahmed Taya a perdu l’essentiel de ses appuis diplomatiques ; plus que jamais, il est vulnérable, usé, à portée de coup.