OUAD NAGA, LABORATOIRE DE TORTURES

 CPT BODDA OULD SIDI

Jeudi 17 mars 2005, les conditions de détention des putschistes condamnés en Mauritanie, s’aggravent.

 

La vielle, une première intervention des tortionnaires s’est soldée, par des actes de molestation contre l’ensemble des prisonniers; trois, Capitaines Bodda Ould Sidi et Ahmedou Ould Saleck et le Sergent Ceheikh Ould Brahim ont subi des sévices à caractère sexuel, visiblement inspirés des abus de l’armée américaine en Irak ; sous les ordres du capitaine Ould Taya, leurs organes génitaux firent l’objet d’attouchements, à caractère dégradant, accompagnés de propos insultants sur leur virilité. Le dernier d’entre eux est blessé et a dû être transporté, hors des murs de l’enceinte. Sa disparition alimente beaucoup d’inquiétude à Nouakchott.

 

Ce jour, encore, s’est produite, sur les lieux, une surenchère sans précédent, dans la répression. En voici le détail :

 

Le capitaine Hmoudi Ould Taya, cousin du Chef de l’Etat et chef de la garnison intervient, en l’absence du régisseur et ordonne l'isolement aggravé des officiers :

1- Mohamed Ould Saadbouh,

2-Habib Ould Abou Mohamed,

3-Ahmedou Ould M'bareck

Tous trois se trouvent, actuellement, dans un trou souterrain, sans aération ni éclairage, où sont déposés les déchets de la prison.

Toujours sous ses ordres, les officiers suivant ont été conduit dans un lieu inconnu ; il s'agit de :

1- Lieutenant Saadna Ould Hamady,

2- Lieunant Didi Ould M'hamed,

3- Lieutenant Dahenna Ould Sidi Mahmoud

4- Lieutenant Moustapha Ould Sid'ahmed,

5- Lieutenant Moussa Ould Salem,

6- Lieutenant Abdellahi Ould Mass'oud,

7- Lieutenant Mohamed Ould Cheibany,

8- Lieutenant Mohamed Ould Hamma Vezzaz,

9- Moustapha Ould Cheibany,

10- Adjudant Mohamed Ould Sidi Mohamed

 

Depuis ce soir, les détenus ont entamé une grève de la faim illimitée. Ils refusent tout rapport nouveau avec les gendarmes, tant que leurs doléances ne seront pas respectées :

- La nomination d'une direction responsable de la prison, qui possède un réel droit de décision ;

- L’arrêt des traitements inhumains et des brutalités quotidiennes du Capitaine Hmoudi Ould Taya ;

- L’amélioration de l’ordinaire carcéral, notamment la santé, l’alimentation, l’hygiène et le sommeil.

- L’exigence d’être traités en prisonniers politiques ou militaires, selon les usages internationaux auxquels la Mauritanie a souscrit.  

- ils déclarent porter plainte contre la personne de Hmoudy Ould Taya et réclament son départ immédiat de la garnison de Oud Naga.

Conscience et Résistance rappelle que des faits d’une telle importance ne peuvent être commis, en Mauritanie, sans l’aval du sommet de l’Etat. Pour preuve, retenons que Bouh Ould Oudeika,  Lieutenant Colonel de la gendarmerie, est décoré, aujourd’hui, par le Ministre de l’Intérieur, en reconnaissance à ses « actes de bravoure ». Le Forum National des Droits de l’Homme – note dessous – le mentionne un exécutant zélé.

 

Conscience et Résistance                                                                             17/3/2005

 

MAURITANIE-PRISONS

Action urgente 

Alerté par les familles des prisonniers putschistes, le Forum National des Organisations des Droits de l’Homme ( FONADH), présente, à la presse et aux partenaires de la Mauritanie, son enquête sur la situation grave qui prévaut dans la garnison militaire de Ouad Naga. De la part des autorités, nous constatons, ici, une volonté consciente de conduire la dignité humaine, à un niveau exceptionnel de négation ; il se peut que des personnes en décèdent ; l’espoir qu’avait soulevé l’absence de peines capitales, s’éteindrait, alors dans la reproduction de la violence. Voici sur quoi nos craintes se fondent.   

Alimentation 

Sa qualité serait jugée « mauvaise » ; la fréquence est de 2 fois, par jour.  

La nourriture est composé de pâtes ou de riz, sans légumes, viande ni épices ; la valeur nutritionnelle est quasi nulle ; lorsque les familles envoient des repas, ceux-ci ne seraient jamais livrés ; parfois, les proches font parvenir de la viande fraîche mais, selon ceux-ci, elle est délibérément exposée à pourrir, pendant quelques jours ; elle est alors livrée aux prisonniers, alors que sa péremption avance ; sous une température de 45° C et à l’air libre, cet aliment devient dangereux pour la santé. 

Les malades, devant observer un régime alimentaire, ne seraient que rarement autorisés à préparer leurs repas ; leur régime est très pauvre ;  ils ne  disposeraient que de viande, de riz et d’eau, en quantité minimale. 

Séjour 

Les 4 détenus - Saleh Ould Hanenna, Abderrahman Ould Mini, Sidi Mohamed Ould Hreïmou,  Mohamed Lemine Ould  Waer* - sont isolés du reste des condamnés, chacun en cellule individuelle, sans fenêtre. Des trous, placés en haut du mur, laissent entrer la poussière et le froid mais peu de lumière. Sous peine de sanction, les sentinelles ne sont autorisées à entretenir une conversation avec les personnes placées sous leur garde.  

Les autres prisonniers, au nombre de 28, s’entassent, ensemble, dans un hangar, auparavant atelier mécanique. Là, de petites ouvertures, dans la partie supérieure du mur, ne permettent aucune vue sur l’extérieur ;  les conversations vont bon train mais les moyens d’information demeurent interdits  La mixité des âges, entre cousins, alimente un embarras chronique, à cause de la « sahwa » ou pudeur chez les Maures. Les vexations, insultes et corrections infligées par les gardes suscitent un sentiment de honte, insoutenable, parmi des parents, de différentes générations. De même, la nécessité de fumer, dans un espace réduit, contraint, certains d’entre eux, à violer le code de la bienséance. Les asthmatiques souffrent de cette promiscuité. Le moral collectif s’en ressent.  

Certains souffriraient de la baisse de vision oculaire, due au très faible éclairage. 

Tous les détenus dorment, quand ils peuvent, sur des lits de camps, sans couverture ni draps. La température, de nuit, atteint des records de froid, entre décembre et avril.  

Hygiène 

Saleh Ould Hanenna et Abderrahman Ould Mini disposent de «toilettes turques», dans leurs chambres, donc sans isolement; Sidi Mohamed Ould Hreïmou et Mohamed Lemine Ould  Waer font usage de pots de chambre.  

Le hangar, où habitent les autres prisonniers, est une pièce insalubre, d’un seul tenant, qu’ils partagent, dans la saleté, les cafards et les mouches ; les poux font leur apparition sur les détenus. Les efforts des prisonniers, pour entretenir l’endroit, se heurtent à la restriction  de leurs mouvements.  

Ils n’auraient jamais eu de savon ; il leur serait interdit de se laver. L’eau de toilette est sévèrement rationnée, à tous.  

Relation avec l’extérieur  

Pour les 4 précités, l’isolement est total ; après le verdict, chacun a eu droit à une visite brève, de membres de sa famille ; celle-ci aura duré, en moyenne, 10 à 15 mn.  

Depuis le verdict, aucun détenu n’a pu rencontrer son avocat, malgré leur pourvoi en cassation. Les avocats se font refouler, chaque jour, à la porte de la garnison.  

Santé 

Parmi les détenus malades, l’on peut citer Arafat Ould Ahmed, qui est atteint de diabète ; plusieurs cas d’asthme et des nouvelles infections dermatologiques ont été découvertes ; ces pathologies semblent résulter de l’insalubrité des lieux, de l’absence d’hygiène et de la sous alimentation.  

Malgré la détérioration de l’état physique et psychique des détenus, ils n’ont pas reçu de visite médicale. Ceux qui traînent un traumatisme post-torture se murent dans le mutisme ou ont perdu le sommeil. Les réclamations des patients, des proches et des avocats, restent sans effet.  

La garnison de Ouad Naga compte, néanmoins, une infirmerie mais elle n’abrite ni médecin ni médicaments ; y officie un garçon de salle, décoratif.  

Torture et mauvais traitements  

Les 4 isolés (suppra) portent des entraves qui lient les mains pendant la journée, puis les pieds et les mains durant la nuit. Elles sont enlevées, lors des visites ou de façon plus irrégulière, à l’occasion des prières ; cette dernière faveur dépend de la seule volonté des sous-officiers de faction. Avant les visites, l’on assiste à une comédie où les détenus sont habillés, convenablement, pour bien paraître devant les proches. Dès le départ de ceux-là, l’enchaînement reprend.  

Les chaînes sont des menottes de police, parfois des cordes de fer, en anneaux, liés les uns aux autres.  

La plupart des mauvais traitements sont infligés dans cette prison ; l’on y procède à l’isolement des détenus, pour des motifs de punition arbitraire ou de « mauvaise conduite ».  L’infortuné est conduit, pendant 72 heures et sans nourriture, dans un trou profond, un cachot ; il y subit, quelquefois nu, les rigueurs extrêmes du froid et/ou de la chaleur ; l’adjudant Mohamed Ould Sidi Mohamed a ainsi failli succomber à cette punition.  

Trois officiers, tous originaires du nord, ordonnent de tels actes :   

-         Capitaine Hmoudi Ould Mohamed Ould Taya supervise, de très près, les tortures. Tous les témoignages l’impliquent.

-         Le Colonel Sidi Ould Riha, Chef d’Etat major de la Gendarmerie Nationale, donne les instructions et oriente la tendance générale au châtiment. Plusieurs officiers assurent agir sous son autorité.

-         Lieutenant Colonel, Bouh Ould Oudeika, gendarme, de la base de Ouad Naga fait preuve de zèle, dans l’application des directives. 

Depuis le jour du verdict, il a été question de transférer les condamnés à la prison civile où une aile a été réfectionnée ; cependant, à e jour, les actes ne suivent pas. Les prisonniers putschistes continuent à croupir dans la caserne de Ouad Naga. 

L’ancien régisseur, un lieutenant dénommé Bezeïd, a été promu capitaine et muté ; le nouveau, un lieutenant appelé Elhaj Ahmed, est entré, une seule fois, en relation avec les détenus ; depuis, il a disparu et évite d’accéder à leur doléances. Il faut rappeler que la majorité des prisonniers sont titulaires des grades supérieurs au sien, ce qui ne facilite pas le rapport entre eux.  Il y a, là, une volonté manifeste d’humilier les détenus, officiers de haut rang.  

Pour preuve de l’impuissance du nouveau régisseur, cet exemple nous est rapporté par les familles : des retrouvailles étaient convenues, entre les prisonniers et leurs parents, ce Mercredi, 23 février 2005 ; une fois arrivées à Ouad Naga, il leur a été confirmé que la visite est purement et simplement annulée ; l’incident révèle combien l’intéressé ne détient aucun pouvoir décisionnel. 

Le même soir et en signe de protestation contre la dureté du régime carcéral, les prisonniers ont entamé une grève de la faim, jusqu’au 27 février inclus. Si leurs conditions ne s’amélioraient pas, le mouvement serait reconduit, sans échéance.  

Le 25 février 2005, après une première promesse en date du 23, les familles, qui manifestaient devant le siège de la Cour Suprême, obtiennent confirmation que le Procureur de la République leur accorde environ 200 autorisations de visite. L’avant-veille, déjà, une polémique, sur les média étrangers, opposait les avocats au Ministère de la justice.  

Le 27 février, une fois sur les lieux, un soldat interdit l’accès aux visiteurs ; il dit n’obéir qu’aux ordres du Chef d’Etat major de la Gendarmerie, le Colonel Sidi Ould Riha. Un capitaine viendra confirmer cette décision, par la menace. Le même jour, en soirée, deux détenus - adjudant Mohamed Ould Sidi Mohamed et civil Arafat Ould Ahmed – auraient été transportés, en ambulance, hors de la garnison, vers une destination inconnue.  

Ce conflit d’autorité, sans précédent dans l’histoire de la Mauritanie moderne, provoque, déjà, de sérieuses inquiétudes sur les possibles dérives inhérentes à l’atomisation du pouvoir ; il en découlerait, à nu, que la gestion privée de la force et de la justice devient un fait institutionnalisé dans le pays. Les autorités semblent craindre, manifestement, les témoignages des prisonniers. 

 

Nouakchott                                                                                                     Le 28 février  2005

 

Signataires, membres du FONADH :

Association Mauritanienne  des Droits de l’Homme (AMDH) ;

Groupe d’Etudes et de Recherche pour la Démocratie et le Développement Economique et Social (GERDDES);

Comite de Solidarité avec les Victimes de la Répression (CSVR) ;

Collectif des Rescapés Anciens Détenus Politiques Civils Torturés (CRADPOCIT) ;

SOS Esclaves ;

Collectif des Veuves ;

Collectif des Rescapés Militaires ;

Collectif Aide et Partage (CAP) ;

Collectif Enfance Sans Partage ;

Collectif des Fonctionnaires et Travailleurs victimes des Evênements de 89-91 ;

Collectif des Familles Séparées par la Déportation ;

Collectif des familles des Anciens Détenus Politiques ;

Ligue Africaine des Droits de l’Homme (Section Mauritanie).

         


* depuis la publication de l’information, ces deux derniers avaient fini par rejoindre le groupe rassemblé dans le hangar, d’où la fin de leur isolement individuel.