OUI, IL Y A BIEN EU TORTURES !

Deddahi Ould Abdallahi
Dans l’après-midi du 14 octobre 2004, les Services de sécurité mauritaniens ont présenté à 3 correspondants d’agences de presse internationales (RFI, PANA, AFP), le Commandant Saleh Ould Hanena et le capitaine Abderrahmane Ould Mini, leaders des Cavaliers du Changement, mouvement d’opposition armée au régime du Colonel Ould Sid’Ahmed Taya. Les deux hommes avaient dirigé l’insurrection militaire du 8 juin 2003, avant d’entrer en clandestinité. Des rumeurs, jamais confirmées, donnaient le second pour décédé. La séance devant la presse a eu lieu, séparément, dans de petites pièces de l’Ecole de Police, un centre de torture connu dans le quartier résidentiel de Tevragh Zeïna.
La présentation était aussi brève qu’indécente ; elle se déroula sans échange de parole avec les deux prisonniers, lesquels n’ont pu, à ce jour, rencontrer leurs avocats ; Saleh Ould Hanena, très épuisé, avec des indices de sévices visibles sur le corps, était enchaîné, tandis que Abderrahmane Ould Mini portait des menottes et semblait moins souffrir. Plusieurs sources confirment que des médecins, depuis 2 jours, leurs administraient un «traitement de cheval», afin d’effacer les stigmates des mauvais traitements et renforcer ainsi le crédit de la démonstration. D’autres témoignages, proches des familles de certains enquêteurs, assurent que le Commissaire Deddahi Ould Abdallahi, Directeur de la Sûreté de l’Etat, supervisait, à la fois, les interrogatoires violents et les soins destinés à en gommer les traces.
En privé, l’un des journalistes cooptés exclut de se singulariser de ses collègues présents ; il précise n’être pas en mesure de relater, avec exactitude, ce qu’il a observé durant cette visite guidée et trop brève. Il dit craindre, le cas échéant, les représailles des services de sécurité. Le ton de certaines dépêches récentes laisse planer un doute légitime sur la marge de manœuvre professionnelle de certains correspondants, de nationalité mauritanienne.
Le Gouvernement accuse les deux
détenus d’avoir tenté de le déstabiliser, à deux reprises, durant les mois
d’août et de septembre 2004, avec le concours de la Libye du Burkina Faso et
des Forces Nouvelles, la rébellion du Nord de la Côte d’Ivoire. Ils avaient
fini par être arrêtés, à quelques jours d’intervalle, respectivement à Rosso
et Nouakchott la capitale, alors même que le Pouvoir dénonçait leur
implantation dans ces pays.